Chapitre 16 - Le direct

Chapter 16 - Chapitre 16 - Le direct
Mireille regardait la diffusion sur un ordinateur posé au milieu de la petite table de cuisine.
À côté d’elle, Emma tenait son téléphone à deux mains. Isabelle avait contacté Amandine quelques minutes plus tôt, mais la ligne ne répondait plus. Léa, debout près de la fenêtre, essayait d’alerter les équipes sans révéler que Vanessa diffusait encore.
Sur l’écran, Gérard parlait.
« Vous signerez avant le dessert. »
Mireille cliqua sur le dossier préparé à l’avance.
La vidéo partit vers huit rédactions, deux magistrats, trois avocats et un serveur sécurisé à l’étranger. En pièce jointe figuraient les images de la cuisine, les faux dossiers médicaux et les matrices de signature.
Emma regarda sa mère assise à la table du Cercle.
— Elle savait que ça marcherait ?
— Elle espérait, répondit Mireille.
Au même moment, dans la salle privée, le téléphone caché de Vanessa vibra.
Un seul mot apparut sur l’écran : « Reçu. »
Elle releva les yeux vers Claire.
Claire comprit.
Gérard, lui, ne remarqua rien. Il poussa le contrat vers elle et posa un stylo sur la page.
— Vous avez toujours aimé faire croire que vous aviez le choix, dit-il. C’est une faiblesse héritée de votre père.
Claire prit le stylo.
Daniel la regarda.
— Ne signe pas.
Gérard tourna lentement la tête.
— Pardon ?
Daniel se leva.
— Le compte est gelé. Même sa signature ne suffira pas.
— Assieds-toi.
— Non.
Le mot fut prononcé sans force, mais il transforma le visage de Gérard.
Pendant quarante ans, Daniel avait peut-être attendu de le dire. Il avait fallu qu’il perde son mariage, sa fille, son entreprise et jusqu’à son propre nom pour découvrir qu’un refus pouvait tenir dans une seule syllabe.
Cela n’effaçait rien.
Mais Claire vit, l’espace d’un instant, l’enfant qu’il avait été avant de devenir l’homme qui l’avait blessée.
Gérard saisit sa canne.
— Tu crois pouvoir me défier maintenant ? Après tout ce que j’ai couvert pour toi ?
Daniel contourna la table.
— Tu n’as rien couvert. Tu as gardé mes fautes comme des chaînes.
— Tu as empoisonné Michel.
— Tu m’as donné le flacon.
— Et tu l’as utilisé.
La phrase claqua dans la pièce.
Vanessa inclina légèrement le téléphone sous la table pour mieux capter les voix.
Arnaud Morel le vit.
Il se précipita.
Vanessa retira sa main, mais il lui arracha l’appareil et l’écrasa contre le sol.
— Trop tard, dit-elle.
Arnaud la gifla.
Le geste fut rapide. Claire se leva aussitôt, Amandine également. Daniel se plaça entre Arnaud et Vanessa.
— Tu ne la touches pas.
Arnaud ricana.
— C’est nouveau, la morale ?
Daniel le frappa.
La salle bascula dans le chaos.
Les deux hommes chargés de garder la porte hésitèrent. Gérard cria un ordre. Amandine renversa une chaise pour bloquer le passage. Vanessa récupéra la carte magnétique tombée de la poche d’Arnaud et ouvrit la seconde porte menant aux cuisines.
Claire attrapa son bras.
— Venez.
— Et Daniel ?
Claire regarda son mari lutter au sol avec Arnaud.
— Il a fait son choix. Nous faisons le nôtre.
Elles coururent dans le couloir de service.
Amandine appelait la police tout en avançant. Le brouilleur ne couvrait plus cette partie du bâtiment.
Derrière elles, un coup sourd retentit.
Claire s’arrêta.
Vanessa la tira vers l’escalier.
— Non.
— C’était peut-être Daniel.
— Et si vous retournez là-bas, il deviendra encore la raison pour laquelle vous abandonnez votre propre sécurité.
Claire la regarda.
Vanessa avait du sang au coin de la lèvre, mais son regard était ferme.
Elles descendirent.
Dans le hall, les invités de la réception consultaient déjà leurs téléphones. Certains fixaient Claire. La diffusion circulait.
Un investisseur posa son verre et quitta la salle.
Puis un autre.
La vente de Verrières Médical se défaisait en temps réel.
Les premières sirènes apparurent dehors.
Gérard sortit d’un ascenseur privé, accompagné des deux gardes. Il avait abandonné sa canne. Il traversa le hall vers une porte latérale.
Claire le vit.
Il la vit aussi.
Pendant une seconde, ils restèrent immobiles à dix mètres l’un de l’autre.
Gérard sourit comme s’il connaissait encore une issue.
Puis Léa entra par la porte principale, suivie de policiers français et suisses.
— Gérard Vernet ! Ne bougez plus !
Arnaud surgit derrière lui, le visage ensanglanté. Il tenait une arme.
Léa le reconnut.
— Arnaud, pose-la.
Son frère tourna la tête vers elle.
— Tu ne comprends pas.
— Je comprends que tu as choisi.
— Gérard avait les preuves pour me faire condamner.
— Alors tu as travaillé pour lui.
— Je voulais les récupérer.
— En prenant une adolescente ? En frappant une femme ?
Arnaud leva l’arme vers Gérard.
— C’est lui qu’il faut arrêter.
— Pose-la.
Léa parlait doucement.
Dans le hall, personne ne bougeait.
Arnaud regarda sa sœur. Sa main trembla. Puis il laissa tomber l’arme.
Les policiers l’immobilisèrent.
Gérard fut arrêté à son tour.
Daniel arriva enfin dans le hall, soutenu par Amandine. Son arcade saignait légèrement. Il leva les mains avant même qu’on le lui demande.
— J’ai quelque chose à déclarer, dit-il.
Claire le regarda.
Il ne chercha pas son pardon.
— J’ai administré le produit à Michel Dubois. Mon père me l’a ordonné, mais c’est moi qui l’ai fait. J’ai aussi organisé les faux documents au nom de Claire.
Gérard se retourna.
— Imbécile.
Daniel ne répondit pas.
Les policiers lui passèrent les menottes.
Au moment de sortir, il s’arrêta devant Claire.
— Je suis désolé.
Elle ne dit rien.
Les excuses étaient parfois nécessaires à celui qui les prononçait. Elles n’étaient pas une dette pour celui qui les recevait.
Daniel baissa les yeux et partit.
Vanessa s’approcha de Claire.
— La diffusion est partout.
Sur les écrans du hall, une chaîne d’information montrait déjà le visage de Gérard, puis celui de Daniel.
Claire aurait pu ressentir une victoire.
Elle ressentit surtout une immense fatigue.
Son téléphone vibra.
Le conseil d’administration de Verrières Médical annonçait qu’il suspendait la vente et demandait à Claire de reprendre provisoirement la présidence afin de « rassurer les marchés ».
Elle lut le message deux fois.
La veille, ils la déclaraient instable.
Aujourd’hui, ils avaient besoin de son nom.
Claire rangea son téléphone.
— Vous allez accepter ? demanda Amandine.
— Pas avant de savoir ce qu’Étienne Lemaire a retiré de la clé USB.
Car pendant la diffusion, Mireille avait comparé les fichiers du disque dur à ceux remis par Étienne.
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Il manquait exactement trois années de comptes.
Et au centre de ces années apparaissait un virement de huit cent mille euros vers un homme que tout le monde croyait être le dernier allié de Michel.