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☕ La Bague sur la Table / Chapter 2 / 22

Chapitre 02 - La carte fantôme

Chapter 02 - Chapitre 02 - La carte fantôme

Claire passa sa première nuit à l’hôtel du Parc, à trois kilomètres de la maison.

La chambre donnait sur une cour intérieure où un arbre sans feuilles frottait ses branches contre une gouttière. Chaque bruit du couloir la faisait se redresser. Elle avait verrouillé la porte, poussé un fauteuil contre la poignée et placé sa valise près du lit comme si elle devait partir en courant.

À deux heures dix-sept, son téléphone s’alluma.

Daniel.

Elle ne répondit pas.

À deux heures vingt, Vanessa.

Puis un numéro masqué.

Claire laissa les appels mourir dans le silence et étala sur le couvre-lit les documents trouvés dans son tiroir.

Les relevés étaient datés des dix-huit derniers mois. Ils mentionnaient des transferts vers Aube Claire, mais aussi des paiements dans des hôtels, des restaurants et une clinique de Genève.

Le plus étrange était la carte bancaire.

Le numéro correspondait à celle posée sur la table du petit déjeuner, celle que Daniel prétendait lui avoir donnée pour les dépenses courantes. Pourtant, selon les relevés, cette carte n’était pas rattachée à leur compte personnel.

Elle appartenait à la Fondation Aube Claire.

Et Claire en était légalement responsable.

Elle photographia chaque page, envoya les images sur une adresse électronique créée à la hâte et glissa les originaux sous le matelas.

À six heures, quelqu’un frappa.

Trois coups discrets.

Claire resta immobile.

— Madame Vernet ? Police.

Elle reconnut la voix de Léa Morel.

Claire retira le fauteuil et entrouvrit la porte. L’agente se tenait dans le couloir, sans uniforme cette fois, un gobelet de café à la main.

— J’espère ne pas vous déranger. Vous avez appelé le commissariat cette nuit ?

— Non.

Léa fronça légèrement les sourcils.

— Quelqu’un a signalé votre disparition. Votre mari affirme que vous êtes partie dans un état de confusion après une crise.

Claire sentit le sol se dérober sous elle.

— Il sait où je suis ?

— Il a donné le nom de cet hôtel.

— Je ne lui ai rien dit.

Léa regarda le téléphone de Claire, posé sur la table de nuit.

— Vous partagez votre localisation ?

Claire secoua la tête. Puis elle se souvint d’une application installée par Daniel « pour la sécurité » après le prétendu cambriolage.

Léa entra, prit le téléphone avec son accord et désactiva plusieurs autorisations.

— Il faudra le faire examiner, dit-elle. Et vous devriez changer d’hôtel.

Claire lui montra les relevés.

Léa les parcourut sans commenter, mais son regard s’arrêta sur le nom de la fondation.

— Vous connaissez Aube Claire ?

— Non.

— Pourtant, cette organisation a reçu une subvention municipale l’an dernier.

— Pour quoi ?

— Un centre d’accueil pour femmes victimes de violences économiques.

Claire eut un rire bref, sans joie.

Daniel avait utilisé son nom pour obtenir de l’argent destiné à des femmes comme elle.

Léa referma le dossier.

— Ne donnez ces originaux à personne avant d’avoir parlé à un avocat. Même pas à moi.

— Pourquoi me dites-vous cela ?

— Parce que votre mari a déjà contacté un service juridique. Et parce que, dans ce genre d’affaires, les documents ont tendance à disparaître.

À neuf heures, Claire appela Maître Amandine Roussel, une avocate recommandée par l’association de l’hôpital.

Le cabinet se trouvait au-dessus d’une librairie, dans un immeuble ancien qui sentait la cire et le papier. Amandine avait cinquante-cinq ans, des lunettes rouges et une manière directe de regarder les gens.

Elle lut le rapport médical, puis les relevés.

— Votre mari a-t-il une procuration sur votre héritage ?

— Il dit que oui. J’ai signé beaucoup de papiers après la mort de mon père.

— Vous souvenez-vous desquels ?

Claire ferma les yeux.

Après les obsèques, elle vivait dans un brouillard. Daniel lui apportait des dossiers le soir, lui indiquait où parapher, lui répétait qu’elle devait lui faire confiance.

— Non.

Amandine tapota la table du bout de son stylo.

— Le problème n’est pas seulement le vol. Le problème est qu’on a peut-être construit une responsabilité pénale autour de vous.

Elle tourna un relevé vers Claire.

— Regardez ici. Les fonds entrent sur le compte de la fondation, puis repartent vers trois sociétés. L’une achète du matériel médical. Une autre facture des prestations de communication. La troisième est une société immobilière.

— Et alors ?

— Les trois sociétés appartiennent à des prête-noms. Mais toutes les factures sont validées avec votre signature numérique.

Claire sentit sa bouche s’assécher.

— Je n’ai jamais utilisé de signature numérique.

— Quelqu’un l’a fait pour vous.

Amandine prit son téléphone et consulta un registre public.

— La fondation a été créée onze jours après le décès de votre père.

Claire releva brusquement la tête.

— Onze jours ?

— Et votre mari n’apparaît nulle part. Seulement vous… et une trésorière.

Elle posa l’écran devant Claire.

Le nom affiché était celui de Vanessa Vernet.

Pendant quelques secondes, Claire entendit seulement le bruit des voitures dans la rue.

— Daniel le sait ?

— Impossible à dire.

Amandine imprima plusieurs pages.

— Nous allons demander le gel des opérations, prévenir la banque et déposer une plainte pour faux, usage de faux et abus de confiance. Mais avant cela, j’ai besoin de savoir si votre père avait un notaire personnel.

Claire donna le nom de Maître Sorel, à Lyon.

Amandine l’appela sur-le-champ.

La secrétaire hésita, puis passa le notaire.

Lorsqu’il entendit le nom de Claire, l’homme resta silencieux si longtemps qu’elle crut que la ligne avait coupé.

— Madame Dubois… Je vous cherche depuis des mois.

Claire serra le téléphone.

— Pourquoi ?

— Parce que votre père m’a confié une lettre à vous remettre si votre mari tentait un jour de vous empêcher d’accéder à vos comptes.

Amandine et Claire échangèrent un regard.

— Vous avez cette lettre ?

— J’avais cette lettre, corrigea le notaire. Mon étude a été cambriolée il y a trois semaines. Un seul coffre a été ouvert.

Claire sentit revenir la fraîcheur de la cuisine, le bruit de la tasse sur la table.

— Le mien ?

— Celui de votre père.

Maître Sorel inspira.

— Mais les caméras ont filmé la personne qui a pris le dossier.

— Daniel ?

— Non.

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Le notaire prononça alors un nom que Claire n’attendait pas.

Et soudain, la peur de Vanessa au moment où elle avait aperçu l’enveloppe prit un sens beaucoup plus sombre.

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