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☕ La Bague sur la Table / Chapter 10 / 22

Chapitre 10 - Le nom de Morel

Chapter 10 - Chapitre 10 - Le nom de Morel

Claire ouvrit la porte sans retirer la chaîne.

Léa se tenait dans le couloir, seule.

— Tout va bien ?

Claire lui montra la photographie à travers l’entrebâillement.

L’agente ne bougea pas.

Puis elle ferma les yeux.

— C’est mon frère.

— Mireille dit qu’il s’appelle Arnaud Morel.

— Oui.

— Et qu’il est capitaine de police.

— Il l’était. Il a été suspendu il y a six mois.

Claire ne détacha pas la chaîne.

— Pourquoi ne m’avez-vous jamais parlé de lui ?

— Parce que je n’avais aucune raison de le mêler à cette affaire avant aujourd’hui.

Mireille s’approcha derrière Claire.

— Il a pris mon disque dur.

Léa inspira lentement.

— Ouvrez. Je vais tout vous expliquer.

— Expliquez d’abord.

Le couloir resta silencieux.

— Arnaud a travaillé pendant quatre ans à la brigade financière. Il enquêtait sur Gérard Vernet avant sa disparition. Quand Gérard a été déclaré mort, mon frère a continué à chercher. Puis de l’argent a été retrouvé sur son compte. Il a juré qu’on l’avait piégé.

— Vous le croyez ?

— Je ne sais plus.

Cette réponse, justement parce qu’elle ne cherchait pas à rassurer, convainquit Claire de retirer la chaîne.

Léa entra et referma la porte.

Elle examina le disque dur de Mireille sans le toucher.

— Arnaud m’a appelée il y a trois semaines. Il disait que Gérard était vivant et qu’une femme nommée Claire Vernet servait de façade à des détournements.

— Pourquoi ne pas m’avoir prévenue ?

— Parce qu’il m’a demandé de ne pas vous approcher. Il affirmait que vous étiez complice.

Claire eut un sourire amer.

— Et pourtant vous m’avez accompagnée chez moi.

— À l’hôpital, j’ai vu votre rapport. Puis j’ai vu votre mari. J’ai décidé de vérifier par moi-même.

— Ou de vérifier ce que j’avais découvert pour votre frère.

Léa accepta le coup sans se défendre.

— Vous avez raison de douter.

Elle sortit son arme, la posa sur la commode et recula de deux pas.

— Appelez mes collègues. Demandez-leur de monter. Donnez le disque à quelqu’un d’autre que moi.

Claire l’observa.

Daniel aurait argumenté. Gérard aurait souri. Léa, elle, lui rendait le choix.

Claire appela Amandine.

Quelques minutes plus tard, le disque fut placé sous scellés devant trois témoins. Léa remit son arme à un collègue et demanda elle-même à être dessaisie de l’enquête en raison du conflit familial.

Avant de partir, elle se tourna vers Claire.

— Mon frère connaît un seul mot qui pourrait vous concerner.

— Lequel ?

— Églantine.

Claire sentit son cœur accélérer.

— Comment ?

— Il l’a prononcé au téléphone. Il a dit : « Gérard cherche Églantine, mais il ne comprend pas que ce n’est pas un lieu. »

Madeleine, qui venait d’arriver avec Amandine, s’arrêta sur le seuil.

— Ce n’est pas un lieu, répéta-t-elle.

Tous la regardèrent.

Elle s’assit sur le lit de la chambre d’hôtel.

— Michel avait créé un compte codé quand Claire était enfant. Il y versait les bénéfices d’un brevet vendu en secret.

— Deux millions d’euros ? demanda Claire.

— Davantage aujourd’hui.

— Pourquoi en secret ?

Madeleine passa ses mains sur son visage.

— Parce que le brevet ne lui appartenait pas entièrement. Il l’avait conçu avec la mère d’Isabelle.

La première épouse de Michel, Hélène Caron, était chercheuse en biochimie. Après leur séparation, Michel avait déposé seul un procédé de conservation médicale qu’ils avaient développé ensemble. Le brevet avait fondé une grande partie de la fortune Dubois.

— Isabelle avait donc droit à cet argent, dit Claire.

— Oui. Michel a fini par le reconnaître. Églantine devait être partagé entre vous deux.

— Pourquoi Gérard le cherche-t-il ?

— Parce que Michel avait utilisé ce compte comme garantie secrète pour empêcher une prise de contrôle de Verrières Médical. Celui qui contrôle Églantine peut bloquer la vente de l’entreprise.

Amandine se pencha.

— Où se trouve le compte ?

Madeleine regarda Claire.

— Je n’ai jamais su. Michel disait que seule une phrase permettrait d’y accéder, et que cette phrase était cachée dans quelque chose que tu refusais toujours de lire.

Claire pensa aux lettres de son père, à ses carnets, aux discours trop longs qu’elle évitait.

Puis un souvenir revint.

Pour ses dix-huit ans, Michel lui avait offert une édition ancienne du Petit Prince. Claire, vexée qu’il lui offre « un livre d’enfant », l’avait laissé au chalet.

— Le livre.

Madeleine acquiesça.

— Daniel l’a cherché. Gérard aussi.

— Le chalet a été fouillé.

— Le livre n’y est plus.

Mireille leva timidement la main.

— Je l’ai vu dans la bibliothèque de monsieur Daniel.

Claire se retourna.

— Dans notre maison ?

— Il y a deux semaines. Il le tenait avec des gants. Madame Vanessa lui a dit : « Tu ne trouveras jamais sans elle. »

Amandine prit immédiatement son téléphone.

— Nous demandons une perquisition.

Mais la procédure prit du temps.

À vingt et une heures, le parquet refusa une intervention immédiate, estimant que le livre ne constituait pas en soi une preuve de danger ou de destruction imminente.

Claire retourna à l’appartement sécurisé, accompagnée de Madeleine.

Elles parlèrent peu.

À minuit, un courrier électronique arriva sur l’adresse secrète créée par Claire.

L’expéditeur était Daniel.

Une photographie montrait le Petit Prince ouvert sur une table. À côté, un briquet allumé.

« Reviens demain à dix heures. Seule. Ou ton père perdra une seconde fois tout ce qu’il voulait te laisser. »

Sous le message, une pièce jointe.

Le faux dossier médical complet.

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Et une convocation devant le juge des contentieux de la protection, déposée par Daniel le matin même.

Il ne lui restait plus qu’une journée avant que son mari ne tente officiellement de lui retirer le droit de décider pour elle-même.

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