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☕ La Bague sur la Table / Chapter 12 / 22

Chapitre 12 - L’enfant du premier mensonge

Chapter 12 - Chapitre 12 - L’enfant du premier mensonge

Emma ressemblait à Daniel.

Pas seulement par les yeux ou la ligne du menton. Sur la photographie, elle avait la même manière de garder le visage immobile quand elle avait peur, comme si montrer une émotion revenait à offrir une arme.

Vanessa accepta de retrouver Claire dans une chapelle désaffectée près de la frontière.

Elle arriva avec vingt minutes de retard, sans maquillage, les cheveux attachés à la hâte. Elle n’avait plus rien de la femme en blanc qui regardait Claire trembler au petit déjeuner.

— Où est la villa ? demanda Claire.

— L’adresse est réelle, mais Gérard n’y restera pas. Il change de lieu dès qu’il sent qu’on le suit.

— Pourquoi a-t-il pris Emma ?

— Pour le compte Églantine. Il croit que Daniel a besoin de toi pour déchiffrer le livre. Il veut s’assurer que Daniel ne le trahira pas.

Amandine resta près de la porte. Deux gendarmes en civil attendaient à distance, mais Vanessa refusait de parler devant eux.

Claire croisa les bras.

— Pourquoi devrais-je vous croire ?

Vanessa baissa les yeux.

— Vous ne devriez pas.

Elle sortit de son sac une chemise épaisse.

À l’intérieur se trouvaient les statuts originaux de la fondation, les matrices de signature, les courriels échangés avec Daniel et les relevés des sociétés écrans.

— Avec ça, vous pouvez prouver que je vous ai imitée.

— Et vous envoyer en prison.

— Oui.

— Pourquoi maintenant ?

Vanessa regarda la photographie d’Emma sur son téléphone.

— Parce que pendant des années, j’ai cru que si j’obéissais assez bien, Gérard nous laisserait partir. Puis j’ai compris qu’il ne libère personne. Il remplace seulement une peur par une autre.

Claire pensa à sa mère.

— Vous auriez pu venir me voir.

— Au début, je vous détestais.

La franchise la surprit.

Vanessa poursuivit :

— Daniel m’avait quittée avec des dettes. Il disait qu’il avait trouvé une femme riche, naïve et adorée de son père. Je me suis persuadée que vous aviez volé la vie qui aurait dû être la mienne. Quand il m’a demandé de me faire passer pour sa sœur, j’ai accepté parce qu’il promettait de rembourser mes dettes et de payer l’école d’Emma.

— Et plus tard ?

— Plus tard, j’ai vu ce qu’il vous faisait. J’ai voulu partir. Gérard m’a montré les faux documents à votre nom et m’a dit que si je parlais, tout retomberait sur vous et qu’Emma serait confiée à Daniel.

Claire eut un rire sans joie.

— Alors, pour me protéger, vous avez continué à me voler.

Vanessa releva les yeux.

— Non. J’ai continué parce que j’étais lâche.

Ce mot resta suspendu entre elles.

Il ne réparait rien. Mais il était plus propre que les excuses de Madeleine, plus honnête que les justifications de Daniel.

— Que s’est-il passé ce matin-là ? demanda Claire.

Vanessa pâlit.

— Daniel voulait provoquer une crise. Il avait prévu de filmer seulement la fin. Quand vous avez refusé de lui donner votre téléphone, il a perdu le contrôle. Je n’ai pas arrêté la scène.

— Vous avez souri.

— Oui.

La réponse fut presque inaudible.

Claire sentit une douleur sourde lui traverser la poitrine.

— Je ne vous pardonne pas.

— Je ne vous le demande pas.

Vanessa posa sur l’autel une petite clé.

— C’est celle du bureau privé de Gérard dans la villa. Le livre y sera peut-être.

Amandine prit la parole.

— Nous devons transmettre l’adresse et organiser une intervention officielle.

— Si Gérard voit la police, il part avec Emma, dit Vanessa. Il possède un avion médical à l’aéroport de Genève. Décollage prévu à six heures.

— Destination ?

— Luxembourg, puis probablement Dubaï.

Claire regarda l’heure.

Il était vingt-deux heures quinze.

Vanessa expliqua le plan de la villa. Une entrée principale surveillée, un accès par les jardins, un garage relié au bureau.

Amandine refusa que Claire s’approche.

— Ce n’est pas une opération de sauvetage improvisée. Nous donnons les informations aux autorités suisses.

Claire approuva.

Elle n’avait aucune intention de jouer les héroïnes. Elle avait passé trop d’années à croire que supporter le danger prouvait son courage.

Les autorités suisses furent alertées. Une équipe se rendit à la villa.

Elle était vide.

Sur le bureau, ils trouvèrent le Petit Prince, ouvert à la page où le renard parle d’apprivoiser.

Plusieurs mots étaient entourés au crayon : temps, rose, responsable, unique.

Aucun code évident.

Emma n’était plus là.

Mais une caméra de sécurité du voisinage montra deux véhicules quittant la propriété. Gérard se trouvait dans le premier. Daniel conduisait le second.

À vingt-trois heures quarante, Daniel appela Claire.

— Tu vas arrêter la plainte et déclarer que Vanessa a tout organisé.

— Où est Emma ?

— En sécurité.

— Avec ton père ?

Silence.

— Il veut le code.

— Je ne l’ai pas.

— Trouve-le.

— Et si je refuse ?

La voix de Daniel se fit plus basse.

— Alors Vanessa perd sa fille et toi, tu perds ton nom, ton entreprise et ta liberté.

Claire regarda les mots entourés.

Le temps. La rose. Responsable. Unique.

Une phrase du livre lui revint, non pas celle que tout le monde citait, mais une remarque que son père répétait lorsqu’elle refusait de terminer ses lectures.

« On ne comprend que ce qu’on relit autrement. »

Claire tourna le livre à l’envers.

À la lumière rasante, des points minuscules apparurent dans les marges. Des chiffres perforés avec une aiguille.

Amandine les nota.

Une suite de vingt-quatre caractères.

Une clé d’accès.

Claire n’eut pas le temps de se réjouir.

Vanessa venait de recevoir une vidéo.

Emma était assise dans une pièce inconnue. Elle ne semblait pas blessée, mais derrière elle, une horloge indiquait cinq heures vingt.

Gérard entra dans le cadre.

« Claire, transférez Églantine avant six heures. Sinon, votre mari signera à votre place une dernière fois. »

Daniel apparut ensuite.

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Dans sa main, il tenait une procuration.

Et au bas du document se trouvait déjà la signature parfaite de Claire.

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