Chapitre 09 - La succession interdite

Chapitre 09 - La succession interdite
Le notaire sâappelait MaĂźtre Lenoir, ce qui aurait fait rire Claire dans une autre vie. Il avait des lunettes fines, un bureau sans photographie personnelle et cette maniĂšre de parler en phrases lentes quâont les hommes habituĂ©s Ă annoncer des catastrophes avec une carafe dâeau Ă portĂ©e de main.
Dans la salle dâattente, Gloria Ă©tait dĂ©jĂ lĂ , vĂȘtue de noir comme pour un enterrement oĂč elle aurait dĂ©cidĂ© dâĂȘtre la seule veuve importante. Vanessa se tenait prĂšs de la fenĂȘtre. Daniel nâĂ©tait pas prĂ©sent, mais son avocat, lui, occupait une chaise avec un dossier Ă©pais sur les genoux. Mireille avait insistĂ© pour accompagner Claire, non pas comme tĂ©moin, disait-elle, mais comme ârappel vivant que les murs ont des oreillesâ.
MaĂźtre Lenoir fit entrer tout le monde. Sur la table, un testament scellĂ© attendait depuis quatre ans. Pas celui que Gloria avait fait lire aprĂšs la mort dâHenri. Un autre. DĂ©posĂ© dans une Ă©tude secondaire, puis bloquĂ© par une procĂ©dure obscure que Marc Saint-Aubin avait soigneusement entretenue.
â Pourquoi maintenant ? demanda Gloria.
â Parce quâun courrier anonyme nous a transmis des piĂšces Ă©tablissant que le premier rĂšglement de succession Ă©tait incomplet, rĂ©pondit le notaire.
Claire regarda Vanessa. Vanessa regarda ses mains.
Le testament fut ouvert.
Henri Beaumont reconnaissait avoir âune dette morale et patrimonialeâ envers Anne Delmas et son enfant Ă naĂźtre. Il ne reconnaissait pas formellement Claire comme sa fille, mais lui lĂ©guait vingt-cinq pour cent de ses parts dans Varenne Patrimoine âsi son identitĂ© venait Ă ĂȘtre confirmĂ©e par tout moyen lĂ©gal ou familialâ.
Gloria éclata de rire.
â Familial ? Quâest-ce que cela veut dire ?
MaĂźtre Lenoir tourna une page.
â Il mentionne une mĂ©daille de baptĂȘme, une clĂ© de coffre et une lettre conservĂ©e par Anne Delmas.
Le rire de Gloria mourut.
Claire pensa Ă la clĂ© 17B. Ă la lettre. Ă la ligne dĂ©coupĂ©e. Tout ce que Gloria avait cru dĂ©truire avait survĂ©cu dans des poches, des coffres, des souvenirs de femmes quâelle nâavait pas prises au sĂ©rieux.
Lâavocat de Daniel intervint, parlant de contestation, de manipulation, de fragilitĂ© psychologique. Claire lâĂ©couta sans baisser les yeux. Ces mots avaient Ă©tĂ© prĂ©parĂ©s pour lâabĂźmer. Ă prĂ©sent, ils sonnaient comme des outils rouillĂ©s.
â Ma cliente, dit lâavocat en dĂ©signant Gloria, estime que Madame Claire Beaumont agit sous lâemprise dâun choc Ă©motionnel.
Claire sourit doucement.
â Je suis sous lâemprise de preuves, maĂźtre. Câest moins romantique, mais plus solide.
Vanessa étouffa presque un rire. Gloria la fusilla du regard.
MaĂźtre Lenoir annonça que le coffre 17B devait ĂȘtre ouvert en prĂ©sence des parties. Rendez-vous fut pris pour le lendemain Ă neuf heures, Banque de lâĂle Saint-Louis.
En sortant de lâĂ©tude, Gloria rattrapa Claire dans lâescalier.
â Tu ne gagneras pas, dit-elle.
â Je ne joue plus Ă vos jeux.
â Tu ne comprends pas. Henri nâĂ©tait pas un homme sentimental. Sâil tâa laissĂ© quelque chose, câest quâil voulait acheter ton silence aprĂšs sa mort.
Claire se pencha légÚrement.
â Alors il a mal choisi sa fille.
Gloria se figea. Ce mot, fille, lâavait touchĂ©e comme une insulte. Ou comme une vĂ©ritĂ©.
May you like
Le soir mĂȘme, avant lâouverture du coffre, Claire reçut un message dâun numĂ©ro inconnu. Une photo : la façade de la Banque de lâĂle Saint-Louis. Puis une phrase.
âSi vous ouvrez le 17B, Manon paiera pour vous.â