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Chapitre 10 - Le coffre 17B

Chapitre 10 - Le coffre 17B

La menace contre Manon transforma Claire d’une victime dĂ©cidĂ©e en femme dangereusement calme. Elle appela d’abord Sophie, puis le capitaine, puis Vanessa. Aucun hĂ©roĂŻsme inutile. Aucune course solitaire sous la pluie. Elle avait trop longtemps vĂ©cu avec un homme qui confondait courage et domination. Le vrai courage, elle l’apprenait maintenant, consistait parfois Ă  demander de l’aide avant de saigner.

La police mit Manon sous protection discrĂšte. Sophie tenta de plaisanter en disant que sa fille avait toujours rĂȘvĂ© d’avoir des gardes du corps. Manon rĂ©pondit qu’elle prĂ©fĂ©rait un chat. Cette phrase simple fit pleurer Claire aprĂšs avoir raccrochĂ©.

À neuf heures, la Banque de l’Île Saint-Louis ouvrit ses portes avec une dignitĂ© ancienne. Pierres blondes, grilles noires, guichets silencieux. Le genre de lieu oĂč l’argent ne se montre pas, parce qu’il n’a plus besoin de sĂ©duire.

Claire arriva avec le capitaine, Maßtre Lenoir et Mireille. Gloria était déjà là, accompagnée de son avocat. Vanessa entra en dernier, pùle, tenant son téléphone comme une corde.

Le coffre 17B se trouvait dans une salle basse, fraĂźche, oĂč chaque pas rĂ©sonnait trop fort. La clĂ© d’Anne tourna difficilement, comme si elle n’avait pas pardonnĂ© l’attente. À l’intĂ©rieur, il n’y avait ni bijoux ni liasses de billets. Seulement trois carnets, une cassette vidĂ©o, des microfilms, une enveloppe portant le prĂ©nom de Claire, et une petite boĂźte bleue.

Mireille fit un signe de croix sans s’en rendre compte.

Dans l’enveloppe, Anne avait Ă©crit une deuxiĂšme lettre. Plus courte, plus ferme. Elle y expliquait avoir dĂ©couvert que Varenne Patrimoine rachetait Ă  bas prix des appartements appartenant Ă  des femmes ĂągĂ©es isolĂ©es, souvent aprĂšs les avoir convaincues de dettes fictives ou de travaux imaginaires. Henri, Gloria et Marc Saint-Aubin Ă©taient nommĂ©s. Paul Dervaux aussi, pour son silence.

Claire lut Ă  haute voix jusqu’à une phrase qui fit trembler sa voix malgrĂ© elle : “Si je me tais, ma fille hĂ©ritera d’un monde oĂč les femmes honnĂȘtes n’ont que leurs larmes comme preuves.”

Gloria détourna le regard.

— Belle littĂ©rature, murmura son avocat.

Le capitaine lui lança un regard qui le fit taire.

La boĂźte bleue contenait une mĂšche de cheveux, un vieux bracelet de maternitĂ© et deux rĂ©sultats d’analyses privĂ©es. Pas un test ADN moderne, mais assez d’élĂ©ments pour justifier une expertise. Henri Beaumont Ă©tait probablement le pĂšre biologique de Claire.

Gloria sembla perdre son souffle, mais ce fut Vanessa qui s’effondra sur une chaise.

— Alors Daniel


— Daniel n’a aucun lien de sang avec Claire, prĂ©cisa MaĂźtre Lenoir. D’aprĂšs les documents dĂ©jĂ  fournis, Daniel est le fils reconnu d’Henri, mais plusieurs piĂšces indiquent qu’il ne l’était pas biologiquement.

La phrase était absurde et limpide à la fois. Les Beaumont avaient bùti une dynastie sur des noms donnés, retirés, maquillés.

Le capitaine rĂ©cupĂ©ra les carnets. Dans le troisiĂšme, une liste de noms apparut. Des veuves. Des sƓurs. Des filles uniques. Claire reconnut soudain celui de sa tante Lucie, morte dans un Ehpad en province.

— Lucie aussi ? murmura-t-elle.

Gloria se leva brusquement.

— Nous partons.

— Non, madame, dit le capitaine.

Son téléphone venait de vibrer. Il lut le message, puis regarda Claire.

— Marc Saint-Aubin a Ă©tĂ© retrouvĂ©.

Claire se sentit presque soulagée.

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— OĂč ?

— Dans la maison de votre tante Lucie. Et il n’était pas seul.

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