Globalnewsdesk

Chapitre 15 - Élise revient

Chapitre 15 - Élise revient

Élise Morel avait quarante ans, mais ses yeux semblaient en avoir vĂ©cu soixante. Elle portait un manteau brun, des cheveux coupĂ©s court, aucune bague. Rien en elle ne cherchait l’effet dramatique. C’était peut-ĂȘtre ce qui rendit son apparition si bouleversante. Elle ne revenait pas comme une revenante. Elle revenait comme une femme qui avait enfin dĂ©cidĂ© de ne plus se cacher dans sa propre survie.

Daniel recula.

— Impossible.

Élise eut un sourire triste.

— C’est souvent ce que tu disais quand une femme te contredisait.

Claire la regardait sans oser parler. Depuis des jours, Élise Ă©tait un nom dans un dossier, une photographie, un avertissement Ă©crit dans un carnet. La voir respirer dans cette maison donnait Ă  toute l’histoire une chair nouvelle.

Odette apparut derriĂšre sa fille. MĂšre et fille se tenaient cĂŽte Ă  cĂŽte, encore maladroites dans leurs retrouvailles, mais liĂ©es par quelque chose que les Beaumont n’avaient pas rĂ©ussi Ă  acheter : le temps retrouvĂ©.

Élise s’avança vers le capitaine.

— Je tĂ©moignerai. Sur Daniel, sur Gloria, sur Marc Saint-Aubin. Sur les papiers qu’ils m’ont fait signer. Sur le psychiatre payĂ© pour Ă©crire que j’étais dĂ©lirante. Sur la nuit oĂč j’ai compris que si je ne fuyais pas, on ne me croirait jamais vivante.

Gloria s’assit. Elle ne protesta pas. Peut-ĂȘtre parce qu’elle savait que certaines vĂ©ritĂ©s, dites par celles qui en ont payĂ© le prix, ne laissent aucune place aux phrases mondaines.

Daniel, lui, retrouva sa voix.

— Tu mens.

Élise tourna vers lui un visage calme.

— J’ai appris à ne plus avoir besoin que tu reconnaisses ce que tu m’as fait.

Cette phrase traversa Claire comme une bĂ©nĂ©diction brutale. Ne plus avoir besoin. VoilĂ  donc la libertĂ© : non pas obtenir l’aveu du bourreau, mais cesser de le supplier intĂ©rieurement de devenir honnĂȘte.

Les policiers emmenĂšrent Daniel. Au moment de franchir le vestibule, il se retourna vers Claire.

— Tu finiras seule.

Avant que Claire réponde, Vanessa parla.

— Non. C’est toi qui confonds solitude et absence de public.

Daniel disparut derriĂšre la porte.

Dans le silence qui suivit, personne ne sut quoi faire. Les grandes scÚnes, dans la vraie vie, se terminent rarement sur une musique. Elles laissent des gens debout dans une piÚce trop éclairée, avec des mains vides et des choses impossibles à ranger.

Élise s’approcha de Claire.

— Je suis dĂ©solĂ©e de ne pas ĂȘtre revenue plus tĂŽt.

Claire secoua la tĂȘte.

— Vous avez survĂ©cu. C’était dĂ©jĂ  beaucoup.

Élise la regarda, puis posa dans sa main une petite photo. Anne Delmas, jeune, tenant un bĂ©bĂ©. Au dos, une phrase : “Pour Claire, quand elle cherchera d’oĂč vient son courage.”

Claire porta la photo contre son cƓur.

Mais Élise n’avait pas fini.

— Ta mùre avait une copie complùte des preuves. Pas dans le coffre. Ailleurs.

— OĂč ?

May you like

Élise regarda autour d’elle, vers les murs blancs de la salle à manger.

— Ici. Dans la maison. Et Gloria le sait depuis toujours.

Related Stories

Other posts