Globalnewsdesk

Chapitre 14 - La maison écoute encore

Chapitre 14 - La maison écoute encore

À midi moins dix, la maison des Beaumont semblait abandonnĂ©e. Les volets du rez-de-chaussĂ©e Ă©taient tirĂ©s Ă  demi, la grille entrouverte, les buis du jardin immobiles dans le froid. Rien ne trahissait les policiers dissimulĂ©s dans les dĂ©pendances, ni le micro cousu dans la doublure du manteau de Claire, ni Mireille cachĂ©e dans l’office avec un trousseau de clĂ©s et une mĂ©moire plus prĂ©cise qu’un plan cadastral.

Gloria attendait dans la salle Ă  manger. Elle avait refusĂ© de porter du rouge. Elle avait choisi une robe grise, presque humble, et cela la rendait plus Ă©trangĂšre encore Ă  elle-mĂȘme. Sur la table, un faux dossier avait Ă©tĂ© prĂ©parĂ© : copies inutiles, carnets vides, clĂ© sans serrure. Le plateau d’argent Ă©tait toujours lĂ . Claire avait insistĂ© pour qu’on le laisse.

— C’est morbide, avait dit le capitaine.

— Non, avait rĂ©pondu Claire. C’est pĂ©dagogique.

Daniel entra par la porte de service. Bien sĂ»r. Il connaissait les entrĂ©es qui ne salissent pas la façade. Il avait maigri en deux jours, ou peut-ĂȘtre Ă©tait-ce son costume froissĂ© qui rĂ©vĂ©lait enfin sa petitesse. Il tenait Vanessa par le bras. Elle marchait, pĂąle, mais vivante.

Claire ne bougea pas.

— Lñche-la.

Daniel rit.

— Tu donnes des ordres maintenant ?

— Non. Je constate ce qui va arriver.

Il regarda sa mĂšre.

— Maman, dis-lui.

Gloria ouvrit la bouche. Pendant une seconde, Claire crut qu’elle allait mentir encore, protĂ©ger encore, choisir encore le fils qui l’avait transformĂ©e en complice de sa propre prison.

Puis Gloria dit :

— Daniel, c’est fini.

Ces trois mots eurent sur lui un effet plus violent que l’arrivĂ©e des policiers. Il la fixa, incrĂ©dule, comme si une chaise venait de parler.

— Tu ne peux pas me faire ça.

— Je t’ai dĂ©jĂ  trop fait, rĂ©pondit Gloria.

Vanessa profita de la stupeur pour se dĂ©gager et reculer vers Claire. Daniel voulut la retenir, mais un bruit retentit derriĂšre lui : le verrou de l’office. Mireille venait de fermer la porte de service. Dans le vestibule, les policiers apparaissaient dĂ©jĂ .

Daniel comprit trop tard. Son visage se vida, puis se remplit de haine.

— Vous croyez que j’ai besoin de vous ? Marc parlera. Il dira que tout venait de Claire. Que tout Ă©tait son plan.

Claire attendait cette phrase.

— Marc parle dĂ©jĂ .

Ce n’était pas vrai tout Ă  fait. Pas encore. Mais Daniel, comme tous les menteurs professionnels, reconnaissait la possibilitĂ© d’une trahison parce qu’il en Ă©tait lui-mĂȘme capable Ă  chaque instant.

Il blĂȘmit.

— Qu’est-ce qu’il a dit ?

Claire fit un pas vers le plateau d’argent.

— Que tu n’as jamais Ă©tĂ© l’hĂ©ritier. Seulement l’outil.

Le mot le frappa. Outil. Pas fils. Pas maĂźtre. Outil.

Les policiers l’encerclĂšrent. Cette fois, Daniel ne cria pas. Il regarda sa mĂšre, puis Vanessa, puis Claire. Dans son regard, il n’y avait pas de remords. Seulement l’effondrement d’un monde oĂč il s’était cru nĂ©cessaire.

Alors, depuis le petit salon, une voix de femme dit doucement :

May you like

— Il Ă©tait temps que tu l’apprennes.

Élise entra.

Related Stories

Other posts