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Chapitre 19 - Le vote final

Chapter 19 - Chapitre 19 - Le vote final

Le vote final eut lieu Ă  New York, mais Morgan y apporta avec elle un peu de Trouville. Dans sa valise, entre deux dossiers, elle avait glissĂ© une petite boĂźte de caramels au beurre salĂ© achetĂ©e sur le port. Elle ne savait pas pourquoi. Peut-ĂȘtre parce qu’aprĂšs des semaines de faux rapports, de morts enregistrĂ©s, de femmes effacĂ©es, elle avait besoin d’un objet qui ne mentait pas.

La salle du conseil Ă©tait pleine. Pas seulement d’administrateurs. Des avocats, des auditeurs, deux reprĂ©sentants des autoritĂ©s, HĂ©lĂšne Bourdais, GĂ©rald, Brooke, Clara. Ethan Ă©tait au premier rang, seul.

Evelyn n’était pas lĂ .

Elle avait envoyĂ© une lettre. Trois pages de grandeur blessĂ©e, de services rendus, de sacrifices maternels et d’accusations voilĂ©es. HĂ©lĂšne la lut en silence, puis la posa sans commentaire.

— Nous allons entendre Monsieur Ethan Vance.

Ethan se leva.

Il avait changĂ© de costume, mais pas seulement. Il n’essayait plus de paraĂźtre plus grand que la piĂšce. Il avait l’air d’un homme qui accepte enfin sa taille rĂ©elle.

— Ma mĂšre m’a Ă©levĂ© dans l’idĂ©e que protĂ©ger le nom Vance justifiait presque tout, commença-t-il. J’ai cru longtemps que c’était de la loyautĂ©. C’était de la peur avec un beau vocabulaire.

Morgan ne baissa pas les yeux. Elle lui devait au moins l’écoute que lui-mĂȘme avait refusĂ©e au Rosewood.

Il parla de la bague, du compartiment, du faux rapport, du mandat contre Marguerite, des pressions exercĂ©es sur Morel, de la tentative de tutelle contre Morgan. Il parla aussi de lui. De sa lĂąchetĂ© mondaine. Du plaisir honteux d’ĂȘtre admirĂ© grĂące aux contrats d’une femme qu’il n’avait pas dĂ©fendue.

— Je n’ai pas tuĂ© Philippe Devereux, dit-il. Je n’ai pas volĂ© Brooke enfant. Mais j’ai profitĂ© d’une maison construite sur ces actes, et quand Morgan m’a montrĂ© la fissure, j’ai d’abord pensĂ© Ă  sauver les meubles.

Clara ferma les yeux.

Brooke pleurait, mais la tĂȘte haute.

Le vote fut presque unanime. Retrait dĂ©finitif d’Evelyn. CoopĂ©ration pĂ©nale complĂšte. Dissolution de la piĂšce rouge. Transfert d’une partie des actifs rĂ©cupĂ©rĂ©s Ă  la fondation Marguerite-Clara. RĂ©paration civile pour les femmes identifiĂ©es par Morel.

Quand HĂ©lĂšne annonça le rĂ©sultat, il n’y eut pas d’applaudissements. Cela aurait Ă©tĂ© indĂ©cent. Il y eut seulement une expiration collective, comme dans une maison oĂč l’on a enfin ouvert une fenĂȘtre aprĂšs des annĂ©es.

AprĂšs la sĂ©ance, Ethan s’approcha de Morgan dans le couloir.

— Je pars quelque temps, dit-il. Pas pour fuir. Pour faire ce que je peux avec les autoritĂ©s.

— C’est bien.

— J’ai rendu la bague Ă  GĂ©rald. Elle appartient Ă  ta famille.

Morgan hocha la tĂȘte.

Il hésita.

— Est-ce que tu crois qu’un jour je pourrai ĂȘtre quelqu’un de correct ?

Elle le regarda avec une douceur qu’elle ne lui devait pas, mais qu’elle se devait Ă  elle-mĂȘme.

— Oui. Si tu cesses de vouloir ĂȘtre pardonnĂ© avant d’avoir rĂ©parĂ©.

Il reçut la phrase comme un verdict juste.

— Merci.

— Ne me remercie pas. Fais-le.

Il partit.

Brooke rejoignit Morgan quelques minutes plus tard.

— Clara m’a proposĂ© de venir habiter prĂšs d’elle. Pas tout de suite. Juste
 essayer.

— Et tu veux ?

— Je veux avoir peur et y aller quand mĂȘme.

Morgan la serra dans ses bras. Cette fois, Brooke accepta l’étreinte. Pas longtemps. Juste assez pour que trente annĂ©es aient un endroit oĂč commencer Ă  se dĂ©poser.

Le soir, Morgan retourna seule au Rosewood Club.

La salle privĂ©e Ă©tait vide. Le portrait de Marguerite avait Ă©tĂ© dĂ©crochĂ© pour ĂȘtre envoyĂ© Ă  la fondation. Sur la table, les fleurs avaient changĂ©. Personne ne savait qu’ici, quelques semaines plus tĂŽt, une femme avait rendu une bague et repris son nom.

Le maĂźtre d’hĂŽtel lui apporta un petit paquet oubliĂ©.

— Madame, ceci Ă©tait restĂ© dans le coffre du club. À votre nom.

Morgan l’ouvrit.

À l’intĂ©rieur, il y avait un dernier mot de Marguerite : « Maintenant que la table est libre, choisis qui tu y invites. »

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Morgan sourit.

Cette fois, aucune menace ne suivit le message.

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