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Chapitre 11 - Le transporteur

Chapter 11 - Chapitre 11 - Le transporteur

L’homme s’appelait AndrĂ© Lemaire, bien qu’à Long Island on l’eĂ»t enregistrĂ© sous le nom d’Andrew Lamar, ce qui disait dĂ©jĂ  tout de la maniĂšre dont certaines familles blanchissaient mĂȘme les prĂ©noms. Il accepta de rencontrer Morgan dans un diner au bord d’une route, Ă  quarante minutes de la maison Vance.

Le lieu sentait le cafĂ© brĂ»lĂ©, la friture et les banquettes anciennes. Rien n’y Ă©tait Ă©lĂ©gant, et pour cette raison Morgan s’y sentit presque protĂ©gĂ©e. Les mensonges chers dĂ©testent les endroits bon marchĂ©.

AndrĂ© Lemaire avait soixante-dix-huit ans, une casquette de laine et des mains Ă©paisses. Il se leva quand Morgan entra. Ce geste d’un autre temps lui donna envie de pleurer plus que toutes les excuses d’Ethan.

— Vous ressemblez à votre pùre, dit-il.

Elle s’assit en face de lui.

— Vous l’avez connu ?

— Je l’ai vu une fois vivant. Et une fois trop tard.

GĂ©rald posa son carnet sur la table. Ethan resta debout prĂšs de la fenĂȘtre, Ă  distance. Morgan avait acceptĂ© sa prĂ©sence parce qu’il avait livrĂ© Evelyn au tĂ©lĂ©phone. Pas parce qu’elle lui faisait confiance.

André commanda un café noir. Il y mit trois sucres.

— On m’a demandĂ© de rĂ©cupĂ©rer une caisse d’archives Ă  la gare. Pas le lendemain de sa mort. Le soir mĂȘme. On m’a dit que Monsieur Devereux avait eu un malaise dans le train et que sa famille voulait protĂ©ger des documents sensibles.

— Qui vous l’a dit ? demanda GĂ©rald.

— Madame Vance. Elle portait un manteau blanc. Je m’en souviens parce qu’il pleuvait et qu’elle n’avait pas une tache.

Morgan vit Evelyn dans son esprit : propre au milieu du dĂ©sastre, parce qu’elle avait appris Ă  ne jamais toucher elle-mĂȘme ce qui salissait.

— OĂč avez-vous livrĂ© la caisse ?

André regarda Ethan.

— Pas Ă  la piĂšce rouge. Dans une maison prĂšs de Montauk. Une maison basse, face Ă  la mer. Monsieur Richard Vance Ă©tait lĂ . Il avait l’air malade. Il m’a donnĂ© une enveloppe d’argent et m’a dit d’oublier.

Ethan ferma les yeux.

— Mon pùre ?

— Oui. Mais il a ajoutĂ© une phrase. Je l’ai gardĂ©e parce qu’elle m’a poursuivi.

Le vieil homme sortit de sa poche un reçu jauni, plié en quatre.

— Il a dit : « Si Marguerite vient un jour chercher la vĂ©ritĂ©, dites-lui que je n’ai pas eu le courage de sauver Philippe, mais que j’ai sauvĂ© sa voix. »

Morgan sentit ses doigts devenir froids.

— Sa voix ?

— Une bande magnĂ©tique. Il l’a gardĂ©e sĂ©parĂ©e du reste.

— OĂč ?

AndrĂ© secoua la tĂȘte.

— Je ne sais pas. Mais il a dessinĂ© ceci sur le reçu.

Il le retourna. Au dos, un petit croquis : une maison, un phare, et trois chiffres. 614.

Ethan s’approcha.

— C’est la maison de Montauk. Le code de l’atelier de mon pùre.

Morgan le regarda.

— Tu connaissais cette maison ?

— Oui. Ma mĂšre disait qu’elle Ă©tait trop humide pour y aller. Elle l’a fait fermer aprĂšs la mort de mon pĂšre.

Clara, restée silencieuse jusque-là, posa sa tasse.

— Richard y Ă©crivait. Des lettres qu’il ne m’a jamais envoyĂ©es.

Il y avait dans sa voix une pudeur que mĂȘme la colĂšre respecta.

Ils partirent dans l’aprĂšs-midi. La route vers Montauk avait la couleur des fins de saison : ciel bas, herbes pĂąles, maisons fermĂ©es. Morgan pensa aux plages normandes hors vacances, aux cabines de Trouville battues par le vent, Ă  ces endroits oĂč la mer semble garder les secrets mieux que les notaires.

La maison Vance de Montauk se tenait au bout d’un chemin. Les volets Ă©taient clos. Une odeur de sel et de bois mouillĂ© flottait dans l’air.

Ethan tapa le code 614 sur le boĂźtier rouillĂ© de l’atelier.

La porte s’ouvrit.

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À l’intĂ©rieur, tout Ă©tait couvert de draps blancs. Sauf un bureau. Sur le bureau, une enveloppe adressĂ©e Ă  Marguerite Devereux attendait encore.

Et derriĂšre l’enveloppe, posĂ© contre une lampe, il y avait un vieux magnĂ©tophone.

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