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Chapitre 17 - Les dix-sept noms

Chapter 17 - Chapitre 17 - Les dix-sept noms

Les dix-sept noms arrivĂšrent Ă  l’aube, envoyĂ©s par Morel depuis une messagerie sĂ©curisĂ©e que GĂ©rald lui avait imposĂ©e. Morgan les lut dans la cuisine, pendant que le jour montait derriĂšre les rideaux de Marguerite. Dehors, un camion de livraison dĂ©chargeait du pain. Une voisine promenait son caniche. Paris faisait semblant que le monde Ă©tait normal.

Dix-sept femmes. Certaines ĂągĂ©es, certaines jeunes. HĂ©ritiĂšres, Ă©pouses, associĂ©es, une artiste, une ancienne comptable, une veuve d’industriel. Toutes dĂ©clarĂ©es fragiles, instables, dĂ©pendantes, influençables. Toutes au moment oĂč elles gĂȘnaient une transaction.

Clara lut la liste sans un mot. À la fin, elle posa ses lunettes et dit :

— Elle a fait de ma vie une mĂ©thode.

Cette phrase resta suspendue longtemps.

Morgan comprit alors que sa vengeance privĂ©e ne suffirait pas. MĂȘme si Ethan perdait tout, mĂȘme si Evelyn tombait, mĂȘme si Brooke retrouvait Clara, quelque chose d’inachevĂ© resterait tant que ces femmes n’auraient pas Ă©tĂ© appelĂ©es par leur nom.

Pendant trois jours, elles tĂ©lĂ©phonĂšrent, Ă©crivirent, rencontrĂšrent. Pas dans des bureaux froids. Dans des cafĂ©s, des salons, un appartement de Boulogne qui sentait la cire, une maison de retraite Ă©lĂ©gante oĂč une ancienne pianiste leur servit des biscuits secs en disant qu’elle avait attendu vingt ans qu’on lui demande sa version.

Certaines refusĂšrent. Trop fatiguĂ©es. Trop honteuses. Trop habituĂ©es Ă  croire qu’elles avaient signĂ© leur propre disparition. Morgan n’insista pas. On ne libĂšre pas quelqu’un en forçant sa porte.

Mais neuf acceptÚrent de témoigner.

Parmi elles, il y avait Suzanne Keller, soixante-quatre ans, ancienne directrice financiÚre, écartée de son poste aprÚs avoir repéré un transfert vers la piÚce rouge. Elle avait gardé des copies dans une boßte de thé.

— Les hommes cherchent toujours les coffres, dit-elle. Ils ne fouillent jamais les sachets de camomille.

Morgan pensa Ă  Marguerite et sourit.

Ethan assistait Ă  certaines rencontres, toujours au fond, jamais assis prĂšs d’elle. Il traduisait parfois, retrouvait des signatures, appelait d’anciens collaborateurs. Il ne demandait rien. Pas un regard tendre, pas une rĂ©ouverture. Cela le rendait plus utile.

Un soir, sur le pont des Arts, il la rejoignit alors qu’elle rentrait seule.

— Je pars demain pour New York, dit-il. Je tĂ©moignerai devant le procureur.

Morgan regardait la Seine. L’eau portait les lumiùres comme des cicatrices liquides.

— Bien.

— Je ne vais pas te demander de me pardonner.

— Non.

Il eut un petit sourire triste.

— Tu rĂ©ponds vite.

— J’ai Ă©tĂ© lente assez longtemps.

Ils restĂšrent cĂŽte Ă  cĂŽte sans se toucher. Le vent froid soulevait une mĂšche de Morgan.

— Je t’ai aimĂ©e, dit Ethan.

Elle ferma les yeux. Pas parce que cela la bouleversait. Parce qu’elle voulait rĂ©pondre juste.

— Peut-ĂȘtre. Mais tu m’as aimĂ©e tant que je ne te coĂ»tais rien devant ta mĂšre.

Il baissa la tĂȘte.

— Oui.

Encore ce oui. Peut-ĂȘtre apprendrait-il un jour Ă  construire une vie avec des oui propres. Pas avec elle.

Le lendemain, Morel remit aux autoritĂ©s françaises ses preuves. Evelyn fut convoquĂ©e Ă  New York. Les journaux changĂšrent de ton. On ne parlait plus d’une fiancĂ©e vengeresse, mais d’un systĂšme.

Morgan rentra rue du Bac Ă©puisĂ©e. Sur la table, Brooke avait laissĂ© une note : « Clara m’a invitĂ©e Ă  dormir chez elle. Je vais y aller. J’ai peur. Mais je vais y aller. »

Morgan posa la note contre la boĂźte Ă  boutons rouges.

Alors que le calme revenait pour la premiĂšre fois, MaĂźtre Vial appela.

— Mademoiselle Devereux, nous avons retrouvĂ© le dernier codicille de Marguerite. Il concerne votre mariage annulĂ©.

Morgan sentit son cƓur se serrer.

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— Quel mariage annulĂ© ?

— Pas celui d’Ethan, dit le notaire. Celui que votre grand-mĂšre avait prĂ©vu de refuser en votre nom.

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