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Chapitre 10 - L’acte de Brooke

Chapter 10 - Chapitre 10 - L’acte de Brooke

Il existe des maisons conçues pour impressionner les visiteurs et Ă©craser ceux qui y vivent. Celle des Vance, Ă  Long Island, appartenait Ă  cette catĂ©gorie. Façade claire, pelouse parfaite, fenĂȘtres alignĂ©es comme des dents. De loin, on aurait dit la rĂ©ussite. De prĂšs, Morgan y voyait une machine Ă  produire des silences.

Ils arrivĂšrent Ă  trois voitures : Morgan et GĂ©rald dans la premiĂšre, Ethan dans la seconde, Clara dans la troisiĂšme avec un chauffeur qu’elle appelait « mon petit » alors qu’il avait quarante ans. La pluie avait cessĂ©, mais l’air gardait cette humiditĂ© froide qui fait briller les marches.

Ethan avait les clĂ©s. Il les mit dans la serrure, puis s’arrĂȘta.

— Elle a changĂ© le code.

— Bien sĂ»r, dit Morgan.

GĂ©rald tĂ©lĂ©phona Ă  la sĂ©curitĂ© privĂ©e mandatĂ©e par le conseil d’administration. Deux agents arrivĂšrent huit minutes plus tard. Dans ces huit minutes, personne ne parla. Morgan observa les rideaux du premier Ă©tage. L’un d’eux bougea Ă  peine.

Brooke était là.

Lorsque la porte s’ouvrit enfin, Evelyn apparut dans le hall, impeccablement coiffĂ©e, comme si tout ceci Ă©tait une visite mal Ă©levĂ©e.

— Vous envahissez une propriĂ©tĂ© privĂ©e.

Morgan lui sourit.

— D’aprĂšs vos propres registres, la maison appartient Ă  une sociĂ©tĂ© dont les parts sont gelĂ©es depuis hier soir.

Evelyn regarda Ethan.

— Tu es donc devenu idiot par romantisme.

Il encaissa. Pour la premiÚre fois, il ne répondit pas.

Brooke descendit l’escalier lentement. Elle tenait une feuille dans la main. Son visage Ă©tait blanc, mais pas vide. Quelque chose en elle venait de se rĂ©veiller, et c’était douloureux.

— Tu m’as menti toute ma vie, dit-elle.

Evelyn soupira.

— Je t’ai Ă©levĂ©e.

— Tu m’as gardĂ©e.

La différence était immense. Elle remplit le hall.

Brooke tendit l’acte à Clara. La vieille femme le prit comme on reçoit un enfant rendu trop tard. Ses doigts tremblaient sur le papier.

— Ma fille, murmura-t-elle.

Brooke se mit à pleurer, mais sans bruit. Elle ne tomba pas dans les bras de Clara. Les retrouvailles réelles ne ressemblent pas aux scÚnes faciles. Elles se tiennent parfois à un mÚtre de distance, parce que trente années ne se traversent pas en une seconde.

Evelyn les observa avec une froideur presque clinique.

— Touchant. Mais juridiquement inutile.

Gérald sortit alors la copie du registre de Neuilly.

— Pas si l’on prouve la falsification.

— Vous ne prouverez rien.

Morgan avança vers la cheminĂ©e. Au-dessus, le portrait de Richard Vance regardait le salon. L’homme avait les mĂȘmes yeux qu’Ethan, mais moins d’assurance, plus de mĂ©lancolie. Sur la console, parmi des bibelots sans Ăąme, elle remarqua un cadre argentĂ© lĂ©gĂšrement de travers.

Elle le prit.

DerriĂšre la photographie familiale, une bande de papier Ă©tait pliĂ©e. Un reçu de transport d’archives. PiĂšce rouge. Compte 17-B. DatĂ© du lendemain de la mort de Philippe.

— Evelyn, dit Morgan sans se retourner, pourquoi avez-vous transfĂ©rĂ© les archives de mon pĂšre vingt-quatre heures aprĂšs son dĂ©cĂšs ?

Ethan se figea.

Evelyn ne répondit pas assez vite.

Brooke essuya ses joues.

— Maman ?

— Ne m’appelle pas comme ça sur ce ton.

Clara se redressa.

— Elle a toujours dĂ©testĂ© les questions posĂ©es par les filles.

Morgan donna le reçu à Gérald. Il lut, puis leva les yeux.

— Ce transporteur existe encore.

Evelyn recula d’un pas.

— Vous jouez avec des choses que vous ne comprenez pas.

— Non, dit Morgan. Je commence seulement à comprendre.

Dans le hall, son téléphone sonna. Numéro masqué. Elle décrocha.

Une voix d’homme ĂągĂ©, rauque, dit :

— Si vous cherchez les archives de Philippe Devereux, ne faites pas confiance au reçu. La caisse n’est jamais arrivĂ©e Ă  destination.

Morgan regarda le papier dans la main de Gérald.

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— Qui ĂȘtes-vous ?

— Celui qui l’a transportĂ©e. Et celui qu’Evelyn a payĂ© pour se taire.

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