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Chapitre 15 - L’appartement de la rue du Bac

Chapter 15 - Chapitre 15 - L’appartement de la rue du Bac

Le notaire s’appelait MaĂźtre Armand Vial. Il portait un manteau trop lĂ©ger pour la saison, une Ă©charpe Ă©cossaise et cette expression prudente des hommes qui arrivent avec des nouvelles capables de modifier un testament dĂ©jĂ  lu.

Morgan le fit entrer dans le salon de Marguerite. La lumiÚre de Paris tombait sur les meubles recouverts de draps, sur les livres alignés, sur un bouquet de fleurs séchées resté dans un vase comme si le temps avait oublié de finir son travail.

— Pourquoi maintenant ? demanda-t-elle.

MaĂźtre Vial posa sa serviette sur la table basse.

— Parce que Madame Devereux avait prĂ©vu une condition. Je devais vous remettre ceci uniquement si une tentative de contestation de ses facultĂ©s mentales Ă©tait officiellement dĂ©posĂ©e.

Brooke eut un rire bref, amer.

— Elle pensait vraiment à tout.

— Non, rĂ©pondit le notaire. Elle pensait surtout aux gens capables de tout.

Il sortit un petit coffret de bois sombre. Morgan reconnut aussitĂŽt l’odeur : cire d’abeille, vieux papier, un soupçon de lavande. Marguerite rangeait ses lettres importantes avec des sachets cousus main pour empĂȘcher l’humiditĂ© de gagner.

Dans le coffret se trouvait une vidĂ©o sur une ancienne carte mĂ©moire, accompagnĂ©e d’une lettre.

Morgan lut d’abord.

« Ma chérie,

Si tu vois ceci, c’est qu’ils ont voulu me faire passer pour folle. Ne perds pas ton temps Ă  prouver que j’étais saine d’esprit. Prouve plutĂŽt qu’eux savaient exactement ce qu’ils faisaient. Les hommes dangereux dĂ©testent les femmes ĂągĂ©es parce qu’elles se souviennent. »

Morgan dut s’asseoir.

MaĂźtre Vial installa la carte sur son ordinateur. L’image trembla d’abord, puis Marguerite apparut, assise dans cette mĂȘme cuisine, un foulard bleu autour du cou. Elle semblait fatiguĂ©e, mais ses yeux avaient la vivacitĂ© d’une femme qui n’avait jamais confondu vieillesse et effacement.

— Morgan, dit-elle Ă  l’écran, s’ils t’ont blessĂ©e, ne commence pas par te demander pourquoi tu n’as pas vu. Demande-toi pourquoi ils ont tant travaillĂ© pour cacher.

Brooke pleurait silencieusement. Morgan resta immobile.

Marguerite poursuivit :

— Evelyn Vance a dĂ©truit Clara, volĂ© Brooke, fait chanter Richard, achetĂ© Morel, et laissĂ© Philippe mourir parce qu’il voulait parler. Mais elle n’a pas gagnĂ©. J’ai placĂ© nos actifs dans des contrats qui ne rĂ©pondent qu’à toi. Pas Ă  ton futur mari. Pas au conseil. Pas aux notaires complaisants. À toi.

La vieille femme sourit un peu.

— Et si tu as rendu la bague, j’espĂšre qu’il l’a ouverte. Il Ă©tait temps que les Vance apprennent que certaines serrures se referment sur ceux qui les forcent.

Brooke se couvrit le visage.

La vidéo se termina sur une derniÚre phrase :

— Va voir dans le placard Ă  linge. TroisiĂšme Ă©tagĂšre. La boĂźte Ă  boutons rouges.

Morgan se leva aussitÎt. Dans le couloir, les draps propres étaient encore pliés comme Marguerite les aimait, par taille, avec une petite étiquette manuscrite. La boßte à boutons rouges était là, ridicule et ordinaire.

À l’intĂ©rieur, pas de boutons. Des microfilms. Une liste de sociĂ©tĂ©s Ă©crans. Et une lettre adressĂ©e Ă  HĂ©lĂšne Bourdais, l’administratrice du conseil qui avait refusĂ© de se taire.

MaĂźtre Vial ajusta ses lunettes.

— Cela suffit pour une enquĂȘte transatlantique.

Morgan regarda Brooke.

— Cela suffit surtout pour te rendre ton nom.

Brooke secoua la tĂȘte.

— Je ne sais pas si je veux le nom Vance, ni Moreau. Je ne sais pas encore qui je suis.

Morgan lui prit la main.

— Alors personne ne choisira à ta place.

Le téléphone de Morgan sonna. Ethan.

Elle hésita, puis décrocha.

Sa voix était basse, défaite.

— Ma mĂšre vient d’annoncer Ă  la presse que tu as manipulĂ© Brooke pour voler l’entreprise. Elle dit qu’elle va publier des lettres de ton pĂšre.

Morgan regarda la boĂźte Ă  boutons rouges.

— Qu’elle publie, dit-elle.

— Morgan
 elle a aussi demandĂ© ta mise sous tutelle aux États-Unis.

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Pendant une seconde, le salon de Marguerite sembla redevenir une piĂšce d’enfance. Puis Morgan sentit la prĂ©sence de sa grand-mĂšre dans chaque objet ordinaire.

— Alors, rĂ©pondit-elle, on va lui montrer ce qu’une femme supposĂ©e fragile sait faire avec une boĂźte Ă  boutons.

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