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Chapitre 14 - La faute d’Ethan

Chapter 14 - Chapitre 14 - La faute d’Ethan

Ethan écouta la cassette sans détourner les yeux.

Claire Ă©tait rentrĂ©e aux États-Unis avec le coffret, son pĂšre et Lucas. Le vol avait Ă©tĂ© silencieux, traversĂ© seulement par le bruit des pages que MaĂźtre Aubry relisait et par les regrets d’Henri, qui ne savaient pas encore quelle forme prendre pour ne pas devenir une autre maniĂšre d’occuper la piĂšce.

Dans la chambre d’Ethan, la lumiĂšre du matin Ă©tait douce.

Trop douce pour ce qu’ils allaient dire.

Il avait gagné un peu de force. Pas assez pour marcher. Assez pour rester éveillé, pour parler par phrases courtes, pour recevoir la vérité sans que Marianne surveille chaque respiration avec la panique dans les yeux.

Claire posa le lecteur audio sur la table.

La voix d’Élise remplit la chambre.

“Ne confonds pas victime et innocent.”

Ethan ferma les yeux.

Quand la cassette s’arrĂȘta, personne ne parla pendant longtemps.

Puis il dit:

— Elle a raison.

Claire s’était attendue Ă  une dĂ©fense. À une explication. À une prĂ©cision juridique. Pas Ă  cette phrase nue.

— Qu’avez-vous signĂ© ?

Il prit le temps.

— AprĂšs l’accident de voiture, avant que mon Ă©tat empire, j’ai cru que Sarah Ă©tait menacĂ©e par la presse et par Jason. Elle venait d’accoucher. Elle ne me faisait plus confiance. Je voulais lui donner un lieu sĂ»r, une protection privĂ©e, loin des Thornton.

— Vous avez lu les papiers ?

Il eut un sourire amer.

— J’ai lu ce qui m’arrangeait.

Claire sentit la phrase entrer profondément.

Tous ces hommes instruits, puissants ou bien intentionnĂ©s, qui lisaient ce qui les arrangeait. Son pĂšre. Ethan. Nora peut-ĂȘtre. Et les femmes payaient les lignes sautĂ©es.

— Sarah a Ă©tĂ© enfermĂ©e Ă  cause de ça.

— Oui.

— Camille a grandi cachĂ©e.

— Oui.

— Et vous voulez que je vous voie seulement comme une victime ?

— Non.

Il la regarda. Ses yeux Ă©taient humides, mais il ne pleurait pas. Claire prĂ©fĂ©ra cela. Les larmes des hommes peuvent ĂȘtre sincĂšres; elles peuvent aussi demander trop vite une absolution.

— Je veux vivre assez longtemps pour rĂ©parer, dit-il.

Elle ne répondit pas.

Elle ne savait pas si réparer suffisait, mais elle savait que nier aurait tout détruit.

Sarah entra plus tard.

Elle avait demandĂ© Ă  parler Ă  Ethan seule. Claire refusa d’abord pour lui. Puis elle comprit que ce n’était pas Ă  elle de protĂ©ger Ethan contre la vĂ©ritĂ© de Sarah, ni Sarah contre la difficultĂ© de la dire.

Elle resta derriĂšre la porte, avec Marianne.

À l’intĂ©rieur, la voix de Sarah fut calme.

— Tu as signĂ© ma cage en croyant signer ma protection.

Ethan répondit:

— Oui.

— C’est presque pire.

— Je sais.

— Non. Tu ne sais pas. Tu vas apprendre si tu restes vivant.

Un silence.

Puis Sarah ajouta:

— Camille veut te voir. Pas aujourd’hui. Quand elle dĂ©cidera.

Claire s’éloigna de la porte.

Il y a des conversations auxquelles mĂȘme les tĂ©moins loyaux n’ont pas droit.

Pendant ce temps, Jason préparait sa contre-attaque.

Son avocat affirma que les preuves du coffret Ă©taient manipulĂ©es, que Claire agissait sous l’influence de Nora et d’Aubry, que Sarah souffrait de traumatismes rendant son tĂ©moignage instable, que Ethan, tout juste rĂ©veillĂ©, ne pouvait pas signer d’accusations valables.

Le mot revint encore:

Instable.

Claire finit par le noter sur une feuille, puis Ă©crivit autour les prĂ©noms des femmes Ă  qui on l’avait appliquĂ©.

Sarah.

Élise.

Nora Delmas.

Camille, bientĂŽt.

Elle-mĂȘme.

Marianne vit la feuille.

— Vous devriez la garder.

— Pourquoi ?

— Parce qu’un jour, au tribunal, un avocat dira ce mot comme s’il Ă©tait propre. Il faudra montrer ce qu’il contient.

Bellanger témoigna deux jours plus tard.

Il confirma les sĂ©dations non justifiĂ©es, les rapports modifiĂ©s, les consignes de Jason. Il affirma toutefois qu’il avait agi sous pression, que Jason dĂ©tenait des informations compromettantes sur d’anciennes erreurs mĂ©dicales.

— Il veut ĂȘtre pitoyable, dit Nora.

Claire répondit:

— Beaucoup d’hommes confondent pitoyable et pardonnable.

La vieille dame la regarda avec une approbation discrĂšte.

Henri demanda Ă  voir sa fille.

Claire accepta dans le jardin, loin des chambres, loin des dossiers. Son pĂšre avait vieilli de dix ans en quelques jours. Il lui raconta l’argent reçu, vingt ans plus tĂŽt. Pas une somme Ă©norme, au dĂ©part. De quoi sauver la librairie aprĂšs un contrĂŽle fiscal fabriquĂ©. Puis le silence exigĂ©. Puis Élise qui avait dĂ©couvert. Puis leur mariage devenu une maison avec deux portes fermĂ©es.

— Je n’ai pas vendu ta mĂšre, dit-il. Mais j’ai acceptĂ© l’argent de ceux qui voulaient la faire taire.

Claire regarda les arbres.

— Tu comprends que la diffĂ©rence ne suffit pas ?

— Oui.

— Tu veux que je te pardonne ?

Il eut enfin la décence de réfléchir.

— Non. Je veux que tu saches tout avant de dĂ©cider ce que je peux encore ĂȘtre dans ta vie.

Elle pleura alors.

Pas beaucoup.

Assez pour que son pĂšre comprenne qu’elle n’était pas en pierre.

Le soir mĂȘme, Ethan demanda Ă  Claire de venir.

Il tenait dans sa main faible l’alliance qu’on lui avait passĂ©e pendant la cĂ©rĂ©monie, pendant son absence.

— On devrait annuler ce mariage, dit-il.

Elle sentit une étrange douleur.

— Oui.

— Et si un jour je vous demande de m’épouser, ce sera debout, Ă©veillĂ©, et vous aurez le droit de dire non.

Elle sourit malgré elle.

— Vous commencez fort avec les promesses impossibles.

Il sourit aussi.

Puis le téléphone de Nora sonna.

La vieille femme rĂ©pondit, Ă©couta, et son visage devint blĂȘme.

— Jason a pris Camille.

Sarah, dans le couloir, poussa un cri.

Et cette fois, Jason n’avait pas seulement volĂ© une enfant.

AprĂšs la confession d’Ethan, Claire sortit quelques minutes dans le couloir. Elle avait besoin de penser loin de son visage. C’était injuste peut-ĂȘtre, mais nĂ©cessaire. La sympathie peut ĂȘtre un brouillard; on y pardonne parfois trop vite pour ne pas voir l’ensemble du paysage.

Marianne la rejoignit avec deux cafés en carton.

— Vous avez le droit d’ĂȘtre en colĂšre contre lui et de vouloir qu’il survive, dit-elle.

Claire eut un rire épuisé.

— Vous avez un manuel pour toutes les situations impossibles ?

— Non. J’ai travaillĂ© vingt ans dans des maisons oĂč les femmes se demandaient si leur colĂšre annulait leur bontĂ©. La rĂ©ponse est non.

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Claire garda cette phrase. Elle lui servit plus tard, souvent. La colĂšre ne rend pas une femme injuste. Elle lui rappelle parfois la frontiĂšre qu’elle a oubliĂ©e pour rester aimable.

Il avait emporté la clé numéro 14 avec elle.

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