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Chapitre 08 - Ce que Marianne avait gardé

Chapitre 08 - Ce que Marianne avait gardé

Claire raccrocha sans rĂ©pondre. Ses mains tremblaient tellement qu’elle dut les poser Ă  plat sur la table. LĂ©a fixait le tĂ©lĂ©phone, le visage fermĂ©, mais Avery vit la blessure passer dans ses yeux avant qu’elle ne la cache.

— Qu’est-ce qu’elle veut dire ? demanda l’adolescente.

Claire secoua la tĂȘte.

— Rien qui te concerne.

— Quand les adultes disent ça, c’est toujours que ça me concerne.

Avery ne connaissait LĂ©a que depuis une heure, mais elle sut qu’un mensonge supplĂ©mentaire la ferait fuir. Peut-ĂȘtre pour toujours. Elle regarda Claire, et dans ce regard il n’y avait ni ordre ni curiositĂ©. Seulement une demande de courage.

Claire s’assit lentement.

— Ta mĂšre a signĂ© un accord avec Diane Collins. Elle avait besoin d’argent. Pas pour elle. Pour ton opĂ©ration.

Léa cligna des yeux.

— Quelle opĂ©ration ?

— Tu Ă©tais petite. Tu avais un problĂšme au cƓur. Rien que tu puisses te rappeler. Marianne n’avait pas les moyens. Scott avait disparu. Diane a proposĂ© de payer, mais seulement si ta mĂšre signait qu’elle ne parlerait jamais de lui.

La cuisine sembla perdre sa chaleur.

LĂ©a regarda la photo de sa mĂšre sur l’étagĂšre.

— Elle a vendu mon pùre pour me sauver ?

— Non, dit Avery avant mĂȘme de rĂ©flĂ©chir. Elle a vendu son orgueil pour te garder en vie.

La jeune fille la fixa. Pour la premiĂšre fois, quelque chose dans son visage se fendit.

— Vous ne la connaissiez pas.

— Non. Mais je connais ce que les femmes acceptent quand elles n’ont plus que de mauvaises solutions.

Kayla posa doucement sa main sur la table, prÚs de celle de Léa, sans la toucher.

— Moi aussi.

Léa ne recula pas.

Claire sortit une autre enveloppe, plus petite. Elle contenait une clé plate et une adresse : un garde-meuble à Auray.

— Marianne gardait tout lĂ -bas. Les lettres de Scott, les preuves de Diane, les copies des virements. Elle disait qu’un jour, la vĂ©ritĂ© devait avoir un endroit oĂč dormir.

Avery sentit son tĂ©lĂ©phone vibrer. Cette fois, c’était MaĂźtre Renard.

— Madame Collins, dit-il dĂšs qu’elle dĂ©crocha, j’ai vĂ©rifiĂ© auprĂšs du registre interne. L’annexe A prĂ©sentĂ©e par Monsieur Delmas n’a jamais Ă©tĂ© enregistrĂ©e chez nous. En revanche, il existe une mention d’un pli confiĂ© Ă  une Ă©tude secondaire Ă  Nantes.

Avery leva les yeux vers Claire.

— Nantes ?

Claire pĂąlit.

— L’avocat de Marianne Ă©tait Ă  Nantes.

— Je pars tout de suite.

— Non, dit Maütre Renard. Pas seule. Monsieur Delmas vous suit probablement.

Avery regarda par la fenĂȘtre. Une voiture noire Ă©tait garĂ©e de l’autre cĂŽtĂ© de la rue, moteur Ă©teint. Elle n’aurait pas dĂ» ĂȘtre lĂ . Dans une petite rue bretonne, les voitures de luxe ont l’air de mensonges mal rangĂ©s.

— Trop tard, dit-elle.

Claire jura tout bas. LĂ©a se leva d’un bond.

— C’est lui ?

— Reste ici, dit Avery.

— Je ne suis pas un meuble qu’on cache quand les Collins arrivent.

Avery reconnut encore ce non. Il y en avait dĂ©cidĂ©ment beaucoup, ce jour-lĂ , et chacun ressemblait Ă  une petite fenĂȘtre ouverte.

Elles partirent toutes ensemble, non parce que c’était prudent, mais parce que personne ne voulut rester derriĂšre avec la peur. Claire conduisit sa vieille Renault. Avery s’assit devant, Kayla et LĂ©a Ă  l’arriĂšre. La voiture noire les suivit jusqu’à la sortie de Vannes, puis disparut dans un rond-point.

— Il a lĂąchĂ©, murmura Kayla.

— Non, dit Avery. Il a compris oĂč nous allons.

Le garde-meuble d’Auray se trouvait derriĂšre une zone commerciale, entre un magasin de literie et un entrepĂŽt de carrelage. Le propriĂ©taire, un homme maigre au pull trop grand, reconnut Claire et leur donna le registre sans discuter. Le box de Marianne portait le numĂ©ro 17.

La clé tourna difficilement.

À l’intĂ©rieur, il y avait trois cartons, un petit coffre en mĂ©tal et une chaise d’enfant peinte en jaune. LĂ©a s’arrĂȘta devant la chaise. Ses doigts effleurĂšrent le dossier.

— Elle l’a gardĂ©e.

Claire détourna le visage.

Avery ouvrit les cartons. Des vĂȘtements de bĂ©bĂ©. Des albums. Des dossiers mĂ©dicaux. Puis, tout au fond, une pochette bleu marine, Ă©tiquetĂ©e « Collins — ne pas jeter ». Son cƓur accĂ©lĂ©ra.

Elle l’ouvrit.

La premiĂšre page Ă©tait une copie d’un acte notariĂ© signĂ© par HĂ©lĂšne et Marianne. Pas un testament. Une reconnaissance de dette morale, aurait-on dit si le droit savait nommer les choses correctement. HĂ©lĂšne s’engageait Ă  crĂ©er un fonds pour LĂ©a et pour « toute femme ou tout enfant lĂ©sĂ© par les manƓuvres de Scott Collins ou de sa famille directe ».

Et à la derniùre page figurait l’annexe A originale.

Avery lut Ă  voix basse :

— « Si une tentative de falsification, de pression ou de dissimulation est constatĂ©e, Avery Collins ne pourra ĂȘtre dessaisie de son rĂŽle d’administratrice, sauf preuve de complicitĂ© volontaire. »

Kayla éclata en sanglots de soulagement.

LĂ©a ne pleura pas. Elle regardait la signature d’HĂ©lĂšne avec une attention farouche.

— Donc Diane a menti.

— Oui, dit Avery.

— Et Scott aussi.

— Oui.

La porte du couloir grinça.

Avery se retourna.

Victor Delmas se tenait Ă  l’entrĂ©e du box, tĂ©lĂ©phone Ă  la main.

— Mesdames, dit-il, je vous conseille de me remettre cette pochette.

DerriĂšre lui apparut Scott.

Il ne souriait plus.

— Donne-la-moi, Avery. Ou je jure que je dĂ©truis ce qui reste de la rĂ©putation de Marianne.

LĂ©a avança d’un pas, le visage livide.

Avery serra la pochette contre elle.

— Tu arrives trop tard.

Scott regarda alors derriĂšre elle, vers Kayla, et sa voix devint douce.

— Et toi, tu veux vraiment que ton enfant naisse au milieu d’un procùs ?

Kayla porta la main Ă  son ventre.

Pendant une seconde, Avery crut qu’elle allait cĂ©der.

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Puis Kayla sortit de sa poche le tĂ©lĂ©phone d’Avery, qu’elle avait discrĂštement pris sur la table de la cuisine avant de partir. L’écran affichait un appel en cours.

Maßtre Renard écoutait tout.

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