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Chapitre 04 - Le secrétaire d'HélÚne

Chapitre 04 - Le secrétaire d'HélÚne

Il pleuvait quand Avery arriva avenue Foch. Une pluie fine, presque polie, qui vernissait les trottoirs et donnait aux immeubles cossus cet air de théùtre fermĂ©. Madame Lenoir avait insistĂ© pour l’accompagner. MaĂźtre Renard, lui, suivait dans un taxi, sa mallette sur les genoux comme un coffre de guerre.

Scott n’était pas venu. C’était plus inquiĂ©tant que s’il avait hurlĂ©. Avery connaissait maintenant ses colĂšres ; elle commençait seulement Ă  dĂ©couvrir son calme.

L’appartement d’HĂ©lĂšne se trouvait au quatriĂšme Ă©tage, avec vue sur des platanes dont les feuilles tremblaient sous la pluie. Tout y sentait la cire, le vieux papier, la lavande sĂšche. Rien n’avait Ă©tĂ© dĂ©placĂ© depuis les obsĂšques, sinon les fleurs fanĂ©es qu’on avait retirĂ©es des vases.

Avery entra dans le petit salon et dut s’arrĂȘter. Elle revit HĂ©lĂšne prĂšs de la fenĂȘtre, un plaid gris sur les genoux, les yeux pĂ©tillants quand elle disait des horreurs avec une Ă©lĂ©gance de duchesse.

« Ne confondez jamais éducation et bonté, Avery. Les gens bien élevés savent seulement trahir sans renverser leur thé. »

Elle aurait voulu rire. Au lieu de quoi, elle posa la main sur le dossier du fauteuil vide.

— Elle vous aimait beaucoup, dit Madame Lenoir.

— Pas assez pour me dire la vĂ©ritĂ©.

— Assez pour vous donner les moyens de la supporter.

Avery ne rĂ©pondit pas. Les morts ont souvent le dernier mot parce qu’on ne peut plus leur poser les bonnes questions.

Le secrĂ©taire d’HĂ©lĂšne Ă©tait en acajou, Ă©troit, avec des tiroirs bombĂ©s et une serrure minuscule. Madame Lenoir sortit une clĂ© accrochĂ©e Ă  une chaĂźne qu’elle portait sous son chemisier.

— Elle m’a dit : « Si Scott vient avant Avery, vous ne savez rien. » Il est venu deux jours aprĂšs l’enterrement.

— Il a ouvert ?

— Pas ce tiroir-ci.

Le troisiĂšme tiroir grinça doucement. Il contenait quelques cartes postales, des enveloppes vides, une paire de lunettes cassĂ©es. Rien d’autre.

Avery sentit une déception brutale lui serrer la poitrine.

— Il l’a pris.

Madame Lenoir secoua la tĂȘte.

— Non. Regardez dessous.

Maßtre Renard, arrivé entre-temps, se pencha avec précaution. Sous le tiroir, collé par deux bandes de tissu, se trouvait un petit paquet plat enveloppé dans du papier de soie. Avery le détacha. Ses doigts tremblaient enfin.

À l’intĂ©rieur, il n’y avait pas le dossier bleu. Il y avait une clĂ© USB, une photographie et une lettre.

La photo montrait Scott plus jeune, peut-ĂȘtre vingt-cinq ans, devant une maison modeste en Bretagne. À cĂŽtĂ© de lui, une femme aux cheveux noirs tenait un bĂ©bĂ© enveloppĂ© dans une couverture jaune. Scott ne regardait pas l’enfant. Il regardait l’appareil avec cette mĂȘme impatience que lorsqu’on le retenait Ă  un dĂźner trop long.

Au dos, HĂ©lĂšne avait Ă©crit : « Marianne et LĂ©a. ÉtĂ© 2012. »

— Il m’avait dit qu’il n’avait jamais voulu d’enfant, murmura Avery.

— Il voulait surtout ne jamais avoir de consĂ©quences, dit Madame Lenoir.

MaĂźtre Renard insĂ©ra la clĂ© USB dans son ordinateur portable. Les dossiers apparurent : relevĂ©s bancaires, courriels scannĂ©s, messages vocaux, copies de virements. Avery vit dĂ©filer des preuves comme on voit dĂ©filer des paysages depuis un train qu’on ne peut plus arrĂȘter.

Scott avait versĂ© de l’argent Ă  Marianne, puis avait cessĂ©. Il lui avait fait signer un accord de confidentialitĂ©. Il avait promis de reconnaĂźtre LĂ©a quand « la situation familiale serait rĂ©glĂ©e ». Puis plus rien. Trois ans plus tard, Marianne Ă©crivait Ă  HĂ©lĂšne : « Je ne veux pas son argent, Madame. Je veux qu’il cesse de faire croire que ma fille est une honte. »

Avery dut s’asseoir.

— Marianne est morte ?

Madame Lenoir ferma les yeux.

— Cancer. Il y a deux ans. LĂ©a vit avec sa tante, prĂšs de Vannes.

La pluie tapait contre les vitres. Paris semblait trÚs loin de cette enfant bretonne dont le nom dormait dans un tiroir depuis des années.

— HĂ©lĂšne la voyait ? demanda Avery.

— Elle a essayĂ©. La tante refusait au dĂ©but. Puis elle a acceptĂ© des lettres. HĂ©lĂšne envoyait des livres, des photos, jamais d’argent directement. Elle voulait tout officialiser. C’est lĂ  que Scott a compris.

— Compris quoi ?

MaĂźtre Renard tourna l’ordinateur vers Avery. Un courriel s’affichait, envoyĂ© par Scott Ă  un avocat privĂ©.

« Si la vieille ajoute la fille au testament, combien de temps pour contester la capacitĂ© mentale ? Il faut agir avant qu’elle signe. »

Avery lut la phrase. Puis elle la relut. Un froid plus profond que la pluie passa en elle.

— Il voulait la faire dĂ©clarer incapable.

— Il a commencĂ©, dit MaĂźtre Renard. Mais Madame Collins a signĂ© la modification testamentaire avant qu’il ne puisse engager la procĂ©dure. C’est pour cela qu’il Ă©tait si pressĂ© aujourd’hui.

Avery pensa au salon, aux papiers du divorce, Ă  Kayla debout derriĂšre Scott, Ă  ce ventre qu’il utilisait comme un trophĂ©e. Il ne fuyait pas seulement un mariage. Il courait devant les preuves.

Une notification apparut sur son téléphone. Numéro masqué.

« Vous avez trouvĂ© la clĂ©. Bien. Maintenant demandez-vous pourquoi HĂ©lĂšne ne l’a pas donnĂ©e au notaire. »

Avery montra le message à Maßtre Renard. Le notaire fronça les sourcils.

— Je n’ai envoyĂ© personne.

Madame Lenoir pĂąlit davantage.

— Ça recommence.

— Quoi ? demanda Avery.

La gouvernante hĂ©sita, puis sortit du secrĂ©taire un petit carnet de cuir bleu que personne n’avait vu, glissĂ© derriĂšre une paroi mobile.

— Madame HĂ©lĂšne disait qu’il y avait deux traĂźtres. Le premier Ă©tait Scott.

Avery ouvrit le carnet. Sur la derniÚre page, un nom était entouré trois fois.

Diane Collins.

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La mĂšre de Scott.

Et Ă  cĂŽtĂ©, de la main d’HĂ©lĂšne : « Elle a vendu Marianne. »

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