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Chapitre 14 - La dernière visite de Lorraine

Chapitre 14 - La dernière visite de Lorraine

Lorraine entra dans la maison de la Nouvelle-Orléans sans frapper.

Elle avait toujours cette manière d'apparaître comme si les portes lui devaient quelque chose. Pourtant, dans le vestibule étroit, sous le regard du portrait de la mère d'Ethan, son élégance semblait moins souveraine. Les vieilles maisons ont parfois une mémoire que l'argent ne peut pas acheter.

Preston n'était pas avec elle.

C'était la première chose que nota Camille.

La deuxième fut que Lorraine portait des gants.

— Ethan, dit-elle, tu dois me donner cette clé.

Pas de préambule. Pas de sourire. Plus de comédie.

Ethan se plaça devant le bureau.

— Tu ne demandes même pas laquelle.

Lorraine soupira.

— Tu as toujours aimé croire que les autres étaient moins intelligents que toi dès que tu avais mal.

Maria sentit une rage froide monter en elle.

— Vous avez tué ma sœur.

Lorraine tourna lentement la tête vers elle.

— Votre sœur est morte parce qu'elle s'est crue invitée dans une histoire qui n'était pas la sienne.

— Elle portait l'enfant d'Adrian.

— Justement.

Le mot fut terrible par sa simplicité.

Ethan fit un pas, mais Camille leva légèrement la main. Cooper, dans l'ombre du couloir, avait déjà lancé l'enregistrement sur son téléphone. Lorraine parlait enfin sans masque. Il fallait la laisser faire.

Maria le comprit.

Elle avança.

— Qu'est-ce qui vous a fait le plus peur ? Une femme pauvre ? Une enfant ? Ou l'idée qu'Adrian ait aimé quelqu'un sans vous demander la permission ?

Les yeux de Lorraine brillèrent.

— Vous ne savez rien de ce que cette famille m'a pris.

— Alors dites-le.

Un rire sec.

— Vous voulez une confession ? Comme au cinéma ? Très bien. Arthur m'a choisie quand sa première femme n'était plus qu'une ombre. Je lui ai donné une structure, des alliances, une image. J'ai supporté ses enfants, ses regrets, ses faiblesses. Et après tout cela, Adrian voulait donner une part de l'empire à une chanteuse de chapelle et à son bébé.

— Pas à Elena, dit Ethan. À sa fille.

Lorraine le gifla du regard.

— Les enfants deviennent des adultes. Les adultes réclament. Puis ils détruisent ce que d'autres ont bâti.

— Comme toi ?

Elle se tut.

La phrase avait touché.

Maria pensa à Elena, debout quelque part dans cette même maison, refusant de signer. Sa sœur avait dû avoir peur. Bien sûr qu'elle avait eu peur. Le courage n'efface pas la peur, il lui tient seulement la main.

— Vous l'avez poussée, dit Maria.

Lorraine ne répondit pas.

— Regardez-moi.

À sa propre surprise, Lorraine obéit.

— Vous l'avez poussée.

Un silence.

Puis Lorraine murmura :

— Elle aurait dû prendre l'argent.

Maria ferma les yeux.

Derrière elle, Camille expira sans bruit.

Cooper sortit du couloir.

— Lorraine Voss Cole, je vous conseille de ne plus dire un mot sans avocat.

Elle se retourna, blême.

— Qui êtes-vous ?

— Quelqu'un qui enregistre mieux que Preston ne nettoie.

Lorraine recula.

Pour la première fois, Maria vit la peur brute sur son visage. Non pas la peur de la prison, peut-être. La peur d'être vue. Les monstres élégants ne craignent pas toujours la punition. Ils craignent qu'on leur retire leur éclairage.

Ethan la regardait sans triomphe.

— Vivienne aussi ? demanda-t-il.

Camille chuchota :

— Ethan, pas maintenant.

Mais il ne pouvait plus retenir cette question. Elle avait attendu trop d'années.

Lorraine le fixa.

Quelque chose en elle sembla se fissurer, puis se referma.

— Vivienne n'était pas prévue.

Maria ne comprit pas.

Ethan, lui, comprit trop bien.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Lorraine haussa les épaules, mais le geste était cassé.

— Ta mère voulait quitter Arthur. Avec vous trois. Il allait perdre les enfants, la maison, l'image de famille. J'ai seulement parlé à la petite. Je voulais lui faire peur, pas…

Sa voix s'arrêta.

Le portrait de la mère d'Ethan semblait écouter.

— Pas quoi ? demanda Ethan.

Lorraine, soudain, eut l'air vieille.

— Elle a glissé.

Personne ne parla.

Il y a des aveux qui ne rendent rien. Ils n'ouvrent aucune tombe, ne ramènent aucune petite fille, ne réparent aucune enfance. Ils tombent seulement au sol, inutiles et nécessaires.

La police arriva vingt minutes plus tard.

Lorraine ne cria pas. Elle demanda à remettre son rouge à lèvres. Camille refusa.

Quand on lui passa les menottes, le collier de rubis brilla sous la lumière poussiéreuse du couloir. Maria pensa qu'il ressemblait moins à un bijou qu'à une chaîne.

Au moment de sortir, Lorraine s'arrêta devant Maria.

— Vous croyez avoir gagné. Mais lorsque Sophia comprendra ce qu'elle possède, elle vous quittera pour eux.

Maria sentit la phrase chercher une plaie.

Elle répondit doucement :

— Si un jour elle me quitte pour devenir elle-même, ce ne sera pas une défaite.

Lorraine détourna les yeux.

Ethan entendit. Maria le sut.

De retour à Nashville, la nouvelle avait déjà éclaté. Les chaînes locales parlaient de fraude, de morts rouvertes, de fortune cachée, de l'héritière inconnue. Les journalistes campaient devant la grille.

Sophia courut vers Maria dès qu'elle passa la porte.

— Maman ! Noodle est revenu ?

Ethan s'agenouilla et lui rendit le lapin.

— Il a été très courageux.

Sophia l'examina.

— Il a vu des menteurs ?

— Oui.

— Il a gagné ?

Ethan regarda Maria.

— Il a aidé.

Ce soir-là, Maria crut enfin pouvoir dormir.

Mais à vingt-trois heures, Camille frappa à sa porte.

Son visage était grave.

— Maria, les résultats ADN ordonnés par le tribunal viennent d'arriver.

Maria sentit toute la maison disparaître autour d'elle.

— Et ?

Camille hésita.

— Ils disent que Sophia n'est pas la fille d'Adrian.

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Le sol s'ouvrit une seconde fois.

Et quelque part, même derrière les barreaux, Lorraine semblait encore sourire.

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