Chapitre 11 - Le sac rouge

Chapitre 11 - Le sac rouge
Ils retrouvèrent l'homme grâce à Mme Wynn.
Pas grâce aux caméras, ni aux enquêteurs privés, ni à l'argent d'Ethan. Grâce à une vieille gouvernante qui connaissait les visages des gens qu'on ne regarde jamais.
— Il s'appelle Milo Trent, dit-elle en voyant l'image floue extraite d'une caméra de circulation. Ancien chauffeur occasionnel de M. Preston. Il venait parfois tard, par l'entrée des livraisons. Il sentait toujours la menthe et la peur.
Camille nota le nom.
— Adresse ?
— Je ne l'ai jamais sue.
— Mais ? demanda Ethan.
Mme Wynn pinça les lèvres.
— Mais il avait une sœur qui travaillait dans une boulangerie sur Nolensville Road. Une petite femme rousse. Elle apportait des brioches à Noël aux employés de cuisine.
Maria aurait embrassé la vieille femme si celle-ci n'avait pas eu l'air de considérer les embrassades comme des tempêtes tropicales.
Ils partirent à trois : Ethan, Maria, et un ancien policier nommé Cooper. Camille resta avec Sophia pour préparer la suite judiciaire. Maria n'aurait pas dû venir, tout le monde le lui dit. Elle répondit que le sac appartenait à sa sœur et que personne ne le regarderait avant elle.
La boulangerie sentait la cannelle, le beurre et la vie ordinaire.
Derrière le comptoir, une femme rousse leva les yeux. Elle reconnut Milo sur la photo et perdit aussitôt son sourire.
— Je ne veux pas d'ennuis.
Maria répondit doucement :
— Moi non plus. Mais ma sœur est morte avec des ennuis qui ne lui appartenaient pas.
La femme regarda Ethan, puis Maria, et sembla choisir la seconde.
— Milo vit dans un motel près de l'ancienne station. Chambre 12. Il a dit qu'il devait rendre quelque chose à une femme avant qu'on le retrouve.
— Quelle femme ? demanda Ethan.
— Je ne sais pas. Il avait bu. Il répétait : « La petite a ses yeux. Ils ne peuvent plus nier. »
Au motel, la chambre 12 était ouverte.
Pas fracturée. Ouverte.
Le lit était défait. Une tasse de café froid reposait près du lavabo. Sur la table, il y avait le sac rouge d'Elena.
Maria resta sur le seuil.
Elle n'avait pas vu ce sac depuis la dernière semaine de vie de sa sœur. Elena l'avait acheté dans une friperie, à vingt dollars, parce qu'elle disait qu'une femme enceinte avait le droit à une couleur courageuse.
Ethan enfila des gants que Cooper lui tendit.
— Maria ?
— Ouvrez.
Sa voix n'était pas la sienne.
Dans le sac, il y avait un carnet, une petite médaille de la Vierge, un foulard taché, une enveloppe médicale, et un téléphone ancien enveloppé dans un pull de bébé.
Maria prit le carnet.
L'écriture d'Elena jaillit page après page : courses, rendez-vous, chansons, listes de prénoms. Puis les notes changèrent.
« Lorraine a dit que les femmes comme moi ne gagnent pas contre les familles comme la sienne. »
« Adrian veut parler à Ethan. Il croit encore qu'un frère peut sauver un frère. »
« Preston m'a suivie au parking. Il savait le nom de Maria. »
Maria tourna les pages trop vite.
Ethan posa une main sur le bord de la table, comme pour se tenir à distance de sa propre colère.
L'enveloppe médicale contenait une échographie et des résultats d'analyse. Cette fois, aucun doute : Adrian Cole était désigné comme père biologique avec une probabilité de 99,98%.
— Ils avaient tout, murmura Ethan.
Cooper examinait le téléphone.
— Batterie morte, mais récupérable. Il y a peut-être des messages.
Maria trouva au fond du sac une clé d'hôtel et un morceau de papier plié.
Trois mots, de la main d'Elena :
« Si je tombe. »
Au verso, une adresse.
Pas celle de l'hôpital. Pas celle de son appartement.
Une adresse dans le vieux quartier français de la Nouvelle-Orléans.
Maria fronça les sourcils.
— Je ne connais pas cet endroit.
Ethan pâlit.
— Moi, si.
Elle le regarda.
— Qu'est-ce que c'est ?
Il hésita.
— Une maison qui appartenait à ma mère. La vraie. Celle d'avant Lorraine.
— Pourquoi Elena aurait noté cette adresse ?
Ethan prit le papier.
— Parce que ma mère y avait caché des documents après la mort de Vivienne. Adrian le savait. Il pensait que Lorraine avait utilisé le même procédé pour Elena.
Un bruit dans la salle de bains les fit se retourner.
La porte, à moitié fermée, remua.
Cooper sortit son arme.
— Police privée. Montrez vos mains.
Un homme apparut, le visage tuméfié, les mains levées.
Milo Trent.
Il avait du sang séché près de la lèvre et l'air d'un chien battu.
— Je ne l'ai pas tuée, dit-il immédiatement.
Maria sentit son cœur cogner.
— Elena ?
Il hocha la tête, paniqué.
— Je l'ai seulement conduite. Preston m'a payé pour la prendre devant la clinique et l'amener à la maison Cole. Elle voulait voir le vieux. Elle disait qu'Arthur devait entendre la vérité.
Ethan s'approcha lentement.
— Et ensuite ?
Milo trembla.
— Ensuite, Lorraine est arrivée. Et Preston a dit que je devais partir.
— Tu es parti ?
— Oui. Mais j'ai oublié mon téléphone dans le hall. Je suis revenu par l'entrée de service.
Il regarda Maria.
— Je l'ai vue tomber.
Maria eut l'impression que la pièce se vidait d'air.
— Qui l'a poussée ?
Milo ouvrit la bouche.
Avant qu'il parle, la fenêtre explosa.
Cooper poussa Maria au sol. Ethan se jeta sur le sac rouge. Un second bruit claqua dehors, puis des pneus hurlèrent.
Quand Maria releva la tête, Milo Trent était à terre, blessé à l'épaule, vivant mais hurlant.
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Ethan tenait le carnet d'Elena contre lui.
Et sur le mur du motel, au-dessus du lit, un impact de balle venait de creuser un trou exactement à la hauteur d'une bouche qui allait dire un nom.