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Chapitre 12 - Les morts qui parlent encore

Chapitre 12 - Les morts qui parlent encore

La police officielle arriva cette fois.

Pas les hommes discrets d'Ethan, pas les avocats de Lorraine, pas les gardiens privés qui confondent loyauté et salaire. De vrais inspecteurs, avec de vrais carnets, un ruban jaune devant la porte du motel, des voisins qui regardaient par les rideaux et des gyrophares rouges sur les flaques.

Maria resta assise sur le bord du trottoir, une couverture sur les épaules.

Elle ne tremblait pas à cause du froid.

Ethan se tenait à côté d'elle, les mains tachées du sang de Milo parce qu'il avait comprimé la blessure jusqu'à l'arrivée des secours. Son gilet noir était froissé, sa chemise marquée. Il n'avait jamais eu l'air moins milliardaire, et cela le rendait plus humain.

— Il va survivre ? demanda Maria.

— Oui.

— Alors il parlera.

Ethan regarda l'ambulance qui s'éloignait.

— S'ils ne le font pas taire avant.

Maria ferma les yeux.

Elle pensa à Sophia qui dormait peut-être avec Noodle, ignorant qu'un homme venait d'être abattu pour l'empêcher d'apprendre comment sa mère était morte. Combien de vérités pouvait-on déposer sur les épaules d'une enfant avant de lui voler son enfance ?

Camille arriva quarante minutes plus tard, furieuse d'inquiétude.

— Vous êtes tous les deux inconscients.

— Le sac est sauf, dit Ethan.

— Magnifique. Nous inscrirons cela sur votre tombe.

Maria, malgré elle, eut un rire nerveux.

Camille s'accroupit devant elle.

— Et vous ?

— Je suis fatiguée d'avoir peur.

L'avocate hocha lentement la tête.

— C'est souvent à ce moment-là qu'on devient dangereuse pour les gens qui comptaient sur notre silence.

Le téléphone d'Elena fut confié à un expert indépendant. Le carnet, photographié page par page. Milo Trent, placé sous protection policière après qu'Ethan eut menacé de poursuivre la ville entière si un seul nom de chambre d'hôpital fuitait à Preston Voss.

Mais la vraie surprise arriva à l'aube.

Le téléphone d'Elena contenait trois messages vocaux non envoyés. La mémoire était pleine, la carte abîmée, mais l'expert réussit à en extraire un.

Ils l'écoutèrent dans le bureau, rideaux tirés.

La voix d'Elena était faible, haletante.

« Maria… si tu reçois ça, prends Sophia et pars. Ne crois personne chez les Cole sauf Ethan, peut-être. Adrian disait qu'il avait le cœur enterré mais pas mort. Lorraine sait pour le testament. Preston aussi. Ils veulent que je signe une renonciation. Je suis à la maison. J'ai vu Arthur. Il a pleuré. Il voulait appeler Ethan, mais Lorraine… »

Un bruit. Des pas.

Elena chuchota :

« Elle revient. »

Puis une autre voix, lointaine mais reconnaissable.

Lorraine.

« Tu n'aurais jamais dû entrer ici. »

Elena répondit, plus forte qu'on ne l'aurait cru.

« Vous avez déjà pris Adrian. Vous ne prendrez pas ma fille. »

Le message s'arrêta sur un choc sourd.

Maria se leva si brusquement que la chaise tomba.

— Je vais la tuer.

Personne ne lui dit que c'était mal. Même Camille se contenta de ramasser la chaise.

Ethan avait le visage blanc.

— Ce n'est pas suffisant pour prouver qu'elle l'a poussée.

Camille expira.

— Non. Mais c'est suffisant pour rouvrir l'enquête.

— Et la maison de la Nouvelle-Orléans ? demanda Maria.

Camille la regarda.

— Je savais que vous alliez dire ça.

La maison appartenant à la première épouse d'Arthur Cole n'avait pas été ouverte depuis des années. Selon les registres, elle était toujours au nom d'une fiducie. Lorraine n'y avait pas accès officiellement. Ce qui, dans une famille comme celle-ci, ne signifiait pas qu'elle n'y était jamais entrée.

Ethan refusa d'y emmener Maria.

Maria refusa de rester.

La discussion dura douze minutes et se termina quand Sophia entra en pyjama, Noodle sous le bras.

— Vous vous disputez comme dans les magasins quand il manque des sous.

Maria s'agenouilla.

— Pardon, ma puce.

Sophia regarda Ethan.

— Tu vas où ?

Il hésita.

— Chercher quelque chose qui appartenait à ma maman.

— Elle est morte aussi ?

— Oui.

La petite réfléchit, puis lui tendit Noodle.

— Prends-le. Il connaît les mamans mortes.

Ethan resta immobile.

Puis il accepta la peluche avec une délicatesse infinie.

— Je te le rendrai.

— Il aime pas les menteurs, prévint Sophia.

— Moi non plus.

Ils partirent le lendemain pour la Nouvelle-Orléans : Ethan, Maria, Camille et Cooper. Sophia resta à Nashville sous protection, avec Mme Wynn et Ruth Bell, qui avait insisté pour venir « tenir compagnie au chocolat chaud ».

La maison du vieux quartier français les attendait derrière une grille rouillée, étroite, décrépite, pleine de bougainvilliers secs. Rien à voir avec le manoir de Nashville. Celle-ci avait une fatigue de femme digne.

À l'intérieur, la poussière recouvrait les meubles comme une neige grise.

Dans le salon, au-dessus d'une cheminée, un portrait de la mère d'Ethan semblait regarder son fils revenir enfin.

Ethan trouva la première cache derrière une plinthe du bureau.

Des lettres. Des factures. Un rapport d'enquête sur la mort de Vivienne.

Camille parcourut les pages, puis leva les yeux.

— Ethan…

— Quoi ?

Elle lui tendit un document.

Le rapport concluait que Vivienne n'était pas tombée seule dans le lac. Quelqu'un avait quitté la réception avec elle dix minutes avant la noyade.

Le nom du dernier adulte vu avec l'enfant n'était pas celui de la mère d'Ethan.

C'était Lorraine Voss.

Maria lut le nom deux fois.

— Voss ?

Camille pâlit.

— Avant d'épouser Arthur Cole, Lorraine portait le même nom que Preston.

Ethan releva lentement la tête.

— Preston n'est pas seulement son avocat.

Cooper, qui fouillait le secrétaire, sortit une photo ancienne.

On y voyait Lorraine et Preston, jeunes, devant un palais de justice, les mains jointes comme un couple.

Au dos, une date.

Et une phrase : « À mon mari, pour notre première victoire. »

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La maison silencieuse venait de parler.

Et elle venait de dire que toute la famille Cole reposait sur un mariage caché.

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