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Chapitre 09 - Tante Vanessa

Chapter 09 - Chapitre 09 - Tante Vanessa

Caleb était assis à la table de la cuisine chez Mrs. Alvarez quand Olivia entra, les joues pùles et le souffle court.

Il mangeait une crĂȘpe roulĂ©e avec du miel. Autour de lui, la cuisine sentait le beurre, la cannelle et les plantes vertes trop arrosĂ©es. Mrs. Alvarez, petite femme ronde aux cheveux argentĂ©s, se tenait prĂšs de l’évier avec un torchon dans les mains, visiblement prĂȘte Ă  gifler symboliquement toute milliardaire blonde qui tenterait de franchir le seuil.

— Elle n’est pas entrĂ©e, dit-elle aussitĂŽt.

Olivia posa les yeux sur Caleb.

— Tu l’as vue ?

Il hocha la tĂȘte.

— Par la fenĂȘtre.

— Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Caleb prit le temps d’avaler. Ce souci des formes, mĂȘme dans la peur, lui venait d’Olivia. Elle aurait prĂ©fĂ©rĂ© lui transmettre des choses plus lĂ©gĂšres.

— Elle a dit qu’elle Ă©tait de la famille. Qu’elle savait pourquoi j’aimais les chiffres. Qu’elle pouvait m’expliquer pourquoi papa Ă©tait fĂąchĂ© contre maman.

Olivia sentit une colÚre glacée.

— Et toi ?

— J’ai demandĂ© si elle avait remis les deux millions.

Mrs. Alvarez eut un petit bruit étouffé.

— Il a du sang-froid, votre fils.

Caleb baissa les yeux.

— Aprùs elle est partie.

Geraldine arriva peu aprĂšs avec deux agents de sĂ©curitĂ© privĂ©s recommandĂ©s par le cabinet. Rien de théùtral. Deux hommes polis, veste sombre, oreillettes presque invisibles. Olivia dĂ©testa soudain sa vie assez fort pour en rire intĂ©rieurement : protĂ©ger un enfant de sept ans contre une femme en robe bordeaux qui volait des sociĂ©tĂ©s-Ă©crans et se disait peut-ĂȘtre sa tante.

Le mot tante restait suspendu.

Vanessa Ă©tait-elle Rose ? La fille cachĂ©e d’Edward Whitaker ? La demi-sƓur de Nathan ? Si oui, son rapport avec Nathan devenait plus trouble, plus stratĂ©gique, peut-ĂȘtre moins sentimental qu’Olivia l’avait cru. Et plus dangereux.

— On va rentrer à l’hîtel ? demanda Caleb.

— Pas au mĂȘme, rĂ©pondit Olivia.

Il comprit sans poser d’autre question.

Le soir, dans une suite sĂ©curisĂ©e louĂ©e sous un autre nom, Geraldine Ă©tala les preuves sur une table basse : la photo impossible, le bracelet 614, les documents Muguet, les fausses signatures, les notes de Caleb, la clĂ© USB C.M. qu’elles n’avaient pas encore ouverte.

Dehors, Los Angeles brillait dans le noir comme une promesse qui aurait coûté trop cher.

— Nous devons savoir si Vanessa est Rose, dit Olivia.

— Oui. Mais prudemment. Si elle l’est, elle a peut-ĂȘtre des droits. Ou croit en avoir.

— Des droits sur quoi ?

— Sur l’hĂ©ritage Whitaker. Sur certaines parts. Sur la vĂ©ritĂ©. Les trois rendent les gens imprudents.

Caleb, qui dessinait sur le canapĂ©, leva la main comme Ă  l’école.

— Si Vanessa est la sƓur de papa, pourquoi elle se tient trop prùs de lui ?

La question tomba avec l’innocence brutale des enfants.

Geraldine retira ses lunettes.

Olivia sentit une nausĂ©e lui monter. Elle ne voulait pas que son fils ait remarquĂ© cela. Elle ne voulait pas qu’il ait eu Ă  regarder les adultes comme on examine des menteurs.

— Peut-ĂȘtre qu’elle n’est pas sa sƓur, dit-elle doucement.

— Ou peut-ĂȘtre qu’elle ment sur tout, rĂ©pondit Caleb.

Il retourna Ă  son dessin.

Sur la feuille, il avait reprĂ©sentĂ© une maison avec trois portes. Sur l’une, il avait Ă©crit « maman ». Sur la deuxiĂšme, « papa ». Sur la troisiĂšme, un simple point d’interrogation.

À 22 h 04, l’ordinateur de Geraldine termina de dĂ©crypter la clĂ© USB.

Il y avait une vidéo.

L’image tremblait. Une chambre blanche. Une femme maigre sur un lit. Clara Marceau.

Olivia porta une main Ă  sa bouche.

Dans la vidĂ©o, sa mĂšre regardait la camĂ©ra avec des yeux immenses et disait d’une voix Ă  peine audible :

— Olivia, si tu vois ceci, c’est que les Whitaker ont recommencĂ© avec ton enfant.

Le soir oĂč Vanessa resta dans la piĂšce avec elles, Olivia remarqua pour la premiĂšre fois la solitude de cette femme. Non pas l’absence de compagnie — Vanessa avait certainement connu les restaurants chers, les draps d’hĂŽtel, les hommes qui promettent — mais une solitude plus ancienne, celle des enfants Ă  qui l’on a racontĂ© leur histoire avec des trous au milieu. Vanessa avait bĂąti son arrogance autour de ces trous. Elle y avait plantĂ© des talons, du rouge Ă  lĂšvres, des mensonges repris Ă  Diane.

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Olivia ne l’excusa pas. Elle avait trop peur encore pour Caleb. Mais elle vit en elle autre chose qu’une rivale. Une femme fabriquĂ©e par les mĂȘmes mains que celles qui avaient tentĂ© de fabriquer son fils. Cette luciditĂ©-lĂ  n’adoucissait pas le passĂ© ; elle empĂȘchait seulement la haine de devenir aveugle.

Et le monde, une fois encore, changea de forme.

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