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Chapitre 03 - L’enveloppe de Geraldine

Chapter 03 - Chapitre 03 - L’enveloppe de Geraldine

Le cabinet de MaĂźtre Geraldine Lenoir se trouvait au quinziĂšme Ă©tage d’un immeuble discret, derriĂšre une façade de verre oĂč personne ne devinait les fortunes qui se dĂ©faisaient en silence. Dans la salle d’attente, il y avait des revues françaises, un vase de pivoines fraĂźches et une odeur de thĂ© noir qui rappela Ă  Olivia les matins chez sa grand-mĂšre Ă  Tours.

Caleb s’assit sur une chaise trop grande pour lui. Il gardait son sac à dos contre sa poitrine.

— Tu n’es pas obligĂ© de parler, lui dit Olivia.

— Je sais.

Il ne la regarda pas. Il fixait un tableau abstrait aux couleurs de pluie.

Geraldine arriva sans bruit. Elle avait une soixantaine d’annĂ©es, des cheveux gris coupĂ©s courts, des lunettes fines et cette Ă©lĂ©gance des femmes qui n’ont plus besoin d’impressionner. Elle posa la main sur l’épaule d’Olivia, pas longtemps, juste assez pour dire : je vous crois.

Dans son bureau, les stores filtraient le soleil blanc de Californie. Sur la table, une enveloppe crĂšme attendait, scellĂ©e Ă  la cire rouge. Olivia reconnut aussitĂŽt l’écriture de son pĂšre. Paul Marceau avait toujours formĂ© ses lettres comme s’il dessinait des portails.

— Il m’a remis ceci trois semaines avant sa mort, dit Geraldine. Il craignait que Nathan finisse par confondre mariage et acquisition.

Olivia eut un rire bref, sans joie.

— Il l’avait compris avant moi.

— Les pùres voient parfois ce que les filles ne veulent pas encore perdre.

Geraldine coupa le sceau avec un ouvre-lettre. À l’intĂ©rieur, il y avait plusieurs documents, une clĂ© de coffre et une photographie jaunie. Olivia la prit d’abord, par rĂ©flexe.

On y voyait Paul, plus jeune, debout devant un entrepĂŽt industriel avec un homme aux cheveux blancs : Edward Whitaker, le pĂšre de Nathan. Entre eux, une femme brune souriait, main posĂ©e sur un dossier bleu. La mĂšre d’Olivia. Clara Marceau, morte quand Olivia avait dix-neuf ans.

— Pourquoi maman est avec Edward Whitaker ? demanda Olivia.

Geraldine joignit les doigts.

— Parce qu’elle a créé le modĂšle de gestion qui a permis Ă  Whitaker Capital de devenir ce qu’elle est. Votre pĂšre a nĂ©gociĂ© des parts pour la protĂ©ger. Des parts qui devaient vous revenir.

Le bureau sembla s’éloigner.

Olivia revit Nathan, dix ans plus tĂŽt, lui expliquant avec tendresse que les affaires de la famille Ă©taient compliquĂ©es, qu’elle n’avait pas Ă  se perdre dans des papiers, qu’il s’occupait de tout. Elle avait pris cela pour de l’amour. C’était peut-ĂȘtre sa plus vieille erreur.

— Combien ? demanda-t-elle.

— Vingt-deux pour cent de Whitaker Horizon Holdings, bloquĂ©s dans une fiducie Marceau. Vous ne pouviez pas les vendre. Nathan ne pouvait pas les saisir. Mais il pouvait essayer de les faire disparaĂźtre des rapports internes.

Caleb leva soudain la tĂȘte.

— Horizon, c’est Ă©crit dans mon carnet.

Geraldine se tourna vers lui avec douceur.

— Tu veux nous montrer ?

Il hésita. Olivia vit son pouce caresser la couverture noire. Puis il ouvrit le carnet à une page marquée par un autocollant de baleine.

— Ici. Vanessa a dit au tĂ©lĂ©phone : « Horizon ne verra rien si on passe par la boĂźte Muguet. » Je ne sais pas ce que c’est, Muguet. J’ai Ă©crit parce que j’aime bien le mot.

Geraldine ne sourit pas. Son visage devint trĂšs immobile.

— Muguet Consulting, murmura-t-elle. Une sociĂ©tĂ© Ă©cran immatriculĂ©e au Delaware. Nous la cherchions depuis des mois.

Olivia sentit le froid lui monter dans les bras.

— Vanessa vole l’entreprise ?

— Pas seule. Personne ne dĂ©place ce genre de sommes sans signature interne.

À cet instant, le tĂ©lĂ©phone de Geraldine vibra. Elle consulta l’écran, lut, puis releva les yeux.

— Nathan vient de dĂ©poser une requĂȘte d’urgence. Il affirme que vous avez enlevĂ© Caleb, volĂ© de l’argent liquide, et manipulĂ© l’enfant pour obtenir un avantage financier.

Caleb blĂȘmit.

Olivia posa aussitĂŽt sa main sur la sienne.

— Il ment.

— Oui, dit Geraldine. Mais il a demandĂ© une audience demain matin.

Elle glissa l’enveloppe vers Olivia.

— Votre pĂšre a prĂ©vu cela aussi.

Au fond de l’enveloppe, Olivia trouva une phrase Ă©crite Ă  la main sur une carte blanche : « Si Nathan attaque l’enfant, ouvre le coffre 614. »

Et, pour la premiùre fois depuis la mort de son pùre, Olivia eut peur de ce qu’il avait su sans jamais le lui dire.

Geraldine ne pressa pas Olivia. Elle lui versa du thĂ© dans une tasse fine, puis attendit que le parfum de bergamote fasse son travail. Il y avait chez cette avocate une patience presque provinciale, une maniĂšre de laisser les vĂ©ritĂ©s s’asseoir avant de les interroger. Olivia lui en fut reconnaissante. Depuis des annĂ©es, Nathan exigeait des rĂ©ponses immĂ©diates, comme si toute hĂ©sitation prouvait une faiblesse.

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Caleb, lui, observait l’enveloppe de son grand-pĂšre avec une gravitĂ© inattendue. Il demanda si Paul Marceau avait su qu’il existait. Olivia rĂ©pondit que non, puis se corrigea. Peut-ĂȘtre que certaines protections sont Ă©crites pour des enfants qu’on ne connaĂźt pas encore, par amour pour ceux qui les mettront au monde. L’idĂ©e la consola et la dĂ©chira Ă  la fois.

Le coffre 614 contenait un secret que mĂȘme Nathan avait cru enterrĂ© avec les Marceau.

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