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Chapitre 04 - La robe bordeaux

Chapter 04 - Chapitre 04 - La robe bordeaux

Vanessa Monroe se prĂ©senta au motel Ă  midi, comme si le monde entier Ă©tait un salon oĂč elle pouvait entrer sans frapper.

Elle portait des lunettes noires trop grandes, un trench clair et des talons qui claquaient sur le bĂ©ton du parking. Olivia la vit depuis la fenĂȘtre de la chambre, une tasse de cafĂ© tiĂšde entre les mains. Caleb dessinait Ă  la petite table ronde, concentrĂ© sur un dinosaure bleu qui avait, chose Ă©trange, les yeux de Nathan.

— Reste ici, dit Olivia.

— C’est Vanessa ?

— Oui.

— Elle sent toujours la vanille et le mensonge.

Olivia le regarda, surprise. L’enfance possĂšde parfois des phrases que les adultes mettent des annĂ©es Ă  mĂ©riter.

Elle ouvrit la porte avant que Vanessa ne frappe.

— Ce n’est pas un bon moment.

Vanessa baissa ses lunettes. Ses yeux bruns étaient parfaitement maquillés, mais quelque chose autour de la bouche trahissait la fatigue.

— Il faut qu’on parle.

— Non. Il faut que tu partes.

— Olivia, je ne suis pas ton ennemie.

Cette fois, Olivia eut envie de rire. Mais elle avait appris depuis longtemps que rire devant une femme comme Vanessa, c’était lui offrir une arme.

— Tu Ă©tais dans mon salon hier, derriĂšre mon mari, pendant qu’il essayait de m’acheter avec de l’argent posĂ© par terre.

— Nathan Ă©tait hors de lui.

— Et toi, tu Ă©tais trĂšs calme.

Vanessa jeta un coup d’Ɠil vers l’intĂ©rieur de la chambre. Caleb avait cessĂ© de dessiner. Il ne regardait pas la porte, mais son crayon ne bougeait plus.

— Le petit a mal compris, dit Vanessa plus bas. Les deux millions, c’était une avance de frais. Rien d’illĂ©gal.

— Alors explique-le au juge.

Le visage de Vanessa se durcit.

— Tu crois que Geraldine Lenoir va te sauver ? Nathan possĂšde la moitiĂ© des gens que tu vas rencontrer dans ce tribunal.

Olivia sentit une vieille peur lui effleurer la nuque. Pas assez pour reculer.

— Il ne possùde pas mon fils.

Vanessa fit un pas de plus, puis s’arrĂȘta en voyant le tĂ©lĂ©phone d’Olivia levĂ© dans sa main.

— Tu enregistres ?

— Non. Je prends une photo. Tu es venue sans invitation alors qu’une audience de garde est fixĂ©e demain. C’est utile de documenter les pressions.

La bouche de Vanessa trembla. Une seconde seulement.

Puis elle sortit de son sac une petite voiture rouge. Celle de Caleb. Celle qui avait perdu sa roue avant. Olivia sentit son cƓur manquer un battement.

— Il l’a oubliĂ©e Ă  la maison, dit Vanessa. Je me suis dit qu’il en aurait besoin.

Caleb apparut derriùre Olivia. Ses yeux s’agrandirent.

— Comment tu sais que c’est ma prĂ©fĂ©rĂ©e ?

Vanessa lui adressa un sourire doux, trop travaillé.

— Parce que ton papa me parle beaucoup de toi.

Caleb ne prit pas la voiture. Il regarda les doigts de Vanessa. À l’annulaire droit, elle portait une bague fine avec une pierre verte, une bague qu’Olivia n’avait jamais remarquĂ©e. L’enfant baissa aussitĂŽt les yeux vers son carnet, posĂ© sur la table.

Vanessa le vit.

Et elle comprit.

— Donne-moi ce carnet, Caleb, dit-elle d’une voix presque tendre. Les adultes vont croire que tu as fait une bĂȘtise.

Olivia se plaça devant lui.

— Pars.

— Tu vas regretter de m’avoir poussĂ©e contre le mur.

— Je ne t’ai poussĂ©e nulle part. Tu y es arrivĂ©e toute seule.

Vanessa jeta la petite voiture sur le seuil. Elle rebondit, roula sous le lit, s’immobilisa dans la poussiùre.

Quand elle repartit, son parfum resta dans le couloir comme une promesse sale.

Caleb attendit que le bruit de ses talons disparaisse.

Puis il ouvrit son carnet et dessina la bague verte.

— Elle l’avait quand elle a pris l’argent, dit-il.

Olivia sentit sa respiration se couper.

— Tu es sĂ»r ?

Il hocha la tĂȘte.

— Et aussi quand elle a ouvert le bureau de papa avec la clĂ© dorĂ©e.

Dans le silence du motel, la petite voiture cassĂ©e sous le lit paraissait moins un jouet oubliĂ© qu’un message.

AprĂšs le dĂ©part de Vanessa, Olivia dut s’asseoir sur le bord du lit. Elle regardait le seuil comme on regarde la trace d’une bĂȘte entrĂ©e dans une maison. La petite voiture rouge reposait toujours sous le lit. Caleb ne se prĂ©cipita pas pour la prendre. Il resta debout, sĂ©rieux, le regard fixĂ© sur le jouet qui avait traversĂ© la frontiĂšre entre l’enfance et le chantage.

— Tu peux la jeter si tu veux, dit Olivia.

Il secoua la tĂȘte.

— Non. Il faut la garder. Les choses cassĂ©es disent parfois qui les a touchĂ©es.

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Olivia sentit ses yeux piquer. Aucun enfant ne devrait parler ainsi d’une voiture sans roue. Elle la rĂ©cupĂ©ra avec un mouchoir, la plaça dans un sachet plastique trouvĂ© prĂšs de la machine Ă  cafĂ©, et dĂ©cida que mĂȘme ce petit morceau de plastique aurait droit Ă  sa place dans le dossier.

Vanessa n’était pas venue rĂ©cupĂ©rer le carnet : elle Ă©tait venue vĂ©rifier ce que Caleb avait vraiment vu.

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