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Chapitre 06 - La clé dorée

Chapter 06 - Chapitre 06 - La clé dorée

La clĂ© dorĂ©e n’était pas grande. Olivia l’avait vue cent fois sans la voir vraiment, accrochĂ©e Ă  l’anneau de Nathan avec les clĂ©s de voiture, de cave Ă  vin et du bureau principal. Elle brillait d’un Ă©clat discret, comme les objets qui ont appris Ă  passer pour innocents.

Geraldine demanda une ordonnance de prĂ©servation le jour mĂȘme. Nathan protesta, parla d’intrusion, de confidentialitĂ© professionnelle, de secret des affaires. Le juge, visiblement las des hommes qui confondent empire et immunitĂ©, autorisa l’inventaire du bureau privĂ© de la villa, en prĂ©sence des deux parties.

Olivia y retourna deux jours aprĂšs l’avoir quittĂ©e.

La maison sentait encore le lys blanc et le produit pour bois prĂ©cieux. Dans l’entrĂ©e, personne n’avait ramassĂ© toutes les liasses. Quelques billets froissĂ©s restaient coincĂ©s sous la console, comme des feuilles mortes dans un caniveau de luxe.

Caleb n’était pas lĂ . Olivia avait refusĂ© qu’il revienne avant d’y ĂȘtre obligĂ©. Il Ă©tait chez une ancienne voisine, Mrs. Alvarez, qui lui prĂ©parait des crĂȘpes Ă©paisses et lui parlait de ses petits-enfants au Mexique.

Nathan ouvrit la porte du bureau en silence.

— Tout ça est ridicule, dit-il.

— Alors ce sera vite fini, rĂ©pondit Geraldine.

Le bureau de Nathan Ă©tait vaste, sombre, dĂ©corĂ© de trophĂ©es financiers et de photographies oĂč il serrait des mains importantes. Olivia remarqua une absence. Leur photo de mariage, celle en Toscane, n’était plus sur l’étagĂšre. À sa place, un vide rectangulaire plus clair que le bois.

L’expert mandatĂ© examina les tiroirs, les armoires, le coffre mural. Rien d’abord. Des contrats, des stylos, des dossiers de conseil, une bouteille de cognac entamĂ©e.

Puis Olivia vit la rainure derriĂšre la bibliothĂšque.

Ce n’était pas spectaculaire. Juste une ligne d’ombre prĂšs d’un panneau. Elle s’approcha, posa la main dessus, et sentit le mĂ©canisme cĂ©der. DerriĂšre, un compartiment Ă©troit contenait trois classeurs gris et une pochette bordeaux.

Nathan souffla :

— Olivia.

Il n’y avait plus de colùre dans sa voix. Il y avait une demande. Presque de la supplication.

Geraldine prit la pochette.

À l’intĂ©rieur, les documents portaient le nom de Muguet Consulting, celui de Whitaker Horizon, et plusieurs signatures. Certaines ressemblaient Ă  celle d’Olivia. Trop. Comme une copie rĂ©pĂ©tĂ©e jusqu’à devenir presque parfaite.

— Je n’ai jamais signĂ© ça, dit Olivia.

Nathan ferma les yeux.

— Tu ne comprends pas.

— Explique-moi.

Il ne répondit pas.

L’expert photographia chaque page. Geraldine, elle, dĂ©couvrit au fond de la pochette une clĂ© USB noire avec une Ă©tiquette blanche : « C.M. ».

Olivia sentit son cƓur cogner.

— Clara Marceau ?

Nathan tendit la main.

— Donne-moi ça.

Geraldine recula.

— Non.

Le visage de Nathan changea. Pas la colĂšre théùtrale du hall, pas l’arrogance du tribunal. Une peur ancienne, plus nue, plus honteuse.

— Cette clĂ© ne doit pas sortir d’ici.

— Pourquoi ? demanda Olivia.

Il la regarda enfin.

— Parce que ton pĂšre n’était pas le seul Ă  te mentir.

Ces mots eurent plus d’effet que toutes ses menaces.

Olivia pensa à Paul Marceau, à ses mains chaudes, à ses silences aprÚs la mort de Clara, à la maniÚre dont il détournait les yeux quand Nathan racontait ses succÚs trop vite.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Nathan passa une main sur sa bouche.

— Ça veut dire que si tu ouvres cette clĂ©, tu ne retrouveras pas seulement ce que Vanessa a volĂ©. Tu dĂ©couvriras pourquoi ta mĂšre est morte en laissant ses parts aux Whitaker.

Geraldine resta immobile.

Olivia aussi.

Le soleil de Beverly Hills entrait par la fenĂȘtre avec une indĂ©cence parfaite, Ă©clairant les diplĂŽmes, le cuir, les mensonges rangĂ©s par couleur.

Au fond du compartiment, sous les dossiers, Olivia aperçut une vieille photographie pliée en deux.

Sur la photo, Clara Marceau tenait Caleb bébé dans ses bras.

Impossible.

Clara était morte seize ans avant la naissance de Caleb.

Le bureau de Nathan avait longtemps intimidĂ© Olivia. Non par sa taille, mais par ce qu’il reprĂ©sentait : un territoire masculin oĂč mĂȘme les fleurs semblaient avoir besoin d’une autorisation. Elle y entrait rarement. Quand elle le faisait, Nathan fermait l’ordinateur d’un geste rapide, puis souriait en disant qu’il la protĂ©geait de choses ennuyeuses. À prĂ©sent, chaque tiroir ouvert lui rĂ©vĂ©lait la violence tranquille de cette phrase.

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Sur une Ă©tagĂšre, elle trouva un petit cadre retournĂ©. Elle le remit droit. La photo montrait Caleb Ă  quatre ans, endormi sur un canapĂ©, une couverture de travers sur les jambes. Au dos, Nathan avait Ă©crit : « Il observe tout. Attention. » Pas « mon fils ». Pas « mon petit ». Attention. Olivia sentit la colĂšre lui monter aux joues. MĂȘme l’amour de Nathan avait pris la forme d’un avertissement.

La clĂ© USB n’était plus le secret le plus Ă©trange du bureau de Nathan.

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