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Chapitre 17 - La fuite de Diane

Chapter 17 - Chapitre 17 - La fuite de Diane

Diane ne fuyait pas comme les coupables ordinaires.

Elle n’avait pas pris un vol sous un faux nom ni une voiture au milieu de la nuit. Elle avait rĂ©servĂ© un jet privĂ© pour GenĂšve, avec correspondance vers Paris, en utilisant un compte ancien liĂ© Ă  une fondation familiale. Elle avait laissĂ© derriĂšre elle une maison propre, des fleurs arrosĂ©es, des placards fermĂ©s. Une fuite Ă©lĂ©gante. Une disparition de salon.

— Elle va lĂ  oĂč tout a commencĂ©, dit Geraldine.

— Paris ?

— Ou la Suisse. Les archives bancaires d’Edward passaient souvent par Genùve.

Olivia sentit une fatigue absurde. Elle avait l’impression de poursuivre un fantĂŽme en talons rouges Ă  travers des continents, alors qu’elle voulait seulement prĂ©parer le petit-dĂ©jeuner de Caleb sans vĂ©rifier les fenĂȘtres.

Nathan demanda à participer aux recherches. Geraldine refusa d’abord. Olivia aussi. Puis Vanessa apporta un argument simple :

— Diane rĂ©pondra peut-ĂȘtre Ă  son fils. Elle ne rĂ©pondra Ă  aucune de nous.

Ils organisĂšrent un appel sĂ©curisĂ©. Nathan avait l’air dĂ©fait, mais Olivia se mĂ©fiait des hommes dĂ©faits : parfois ils cherchent moins la justice que le pardon.

Diane décrocha au troisiÚme appel.

— Nathan. Ta femme t’a enfin autorisĂ© Ă  utiliser ton tĂ©lĂ©phone ?

Il ferma les yeux.

— Maman, rends les documents.

Un petit rire.

— Tu parles comme un enfant puni.

— Tu as essayĂ© de prendre le mien.

Le silence de Diane fut bref, mais il eut une couleur nouvelle.

— Caleb aurait Ă©tĂ© mieux Ă©levĂ© avec nous.

— Non. Il aurait Ă©tĂ© dressĂ©.

Olivia vit Geraldine relever les yeux. Nathan venait de dire une phrase vraie sans y gagner quoi que ce soit.

— Tu ne comprends toujours pas, reprit Diane. Clara voulait exposer Edward. Elle aurait ruinĂ© des centaines de familles. Ton pĂšre s’est suicidĂ© Ă  petit feu Ă  cause d’elle.

— Mon pĂšre a volĂ© des gens.

— Ton pùre a bñti un empire.

— Avec l’argent des Marceau, la fille qu’il a effacĂ©e, et les signatures que tu as imitĂ©es.

Le souffle de Diane changea.

— Qui est avec toi ?

Nathan regarda Olivia.

— Les femmes à qui tu as menti.

Diane raccrocha.

Mais l’appel avait suffi. Les experts tracùrent la ligne jusqu’à un hîtel parisien prùs de l’avenue Montaigne. Geraldine contacta un confrùre à Paris, Maütre Ravel, ancien juge à la retraite devenu avocat des causes impossibles.

Trois jours plus tard, Olivia vola vers Paris avec Geraldine. Caleb resta Ă  Los Angeles avec Mrs. Alvarez et HĂ©lĂšne Fournier. Il n’aima pas cette dĂ©cision, mais il la comprit.

— Tu vas revoir mamie Clara ? demanda-t-il Ă  l’aĂ©roport.

— D’une certaine maniùre.

— Dis-lui que son plan Ă©tait compliquĂ©.

Olivia sourit pour la premiĂšre fois depuis des jours.

— Je lui dirai.

Paris en novembre avait une odeur de pluie, de mĂ©tro chaud et de pain sorti trop tĂŽt du four. Olivia, qui n’y Ă©tait pas revenue depuis les obsĂšques de son pĂšre, sentit son cƓur se serrer devant les façades grises. La ville n’avait pas changĂ©. C’était elle qui revenait avec trop de morts dans sa valise.

MaĂźtre Ravel les attendait dans un cafĂ© prĂšs du palais de justice. Petit homme aux sourcils Ă©pais, il avait une voix de fumeur repenti et des yeux d’une vivacitĂ© presque insolente.

— Diane Whitaker a demandĂ© Ă  consulter des archives notariales Marceau ce matin, dit-il. Trop tard pour ĂȘtre innocente.

— Peut-on l’arrĂȘter ?

— LĂ©galement, pas encore. La suivre, oui. La laisser croire qu’elle est plus intelligente que nous, certainement.

Ils la retrouvÚrent rue du Bac, devant un immeuble ancien. Diane portait un foulard noir et des gants. Elle entra avec une clé.

Olivia reconnut l’adresse.

L’ancien appartement de sa grand-mùre.

Celui que Paul Marceau avait vendu aprĂšs la mort de Clara.

Sauf qu’il ne l’avait jamais vendu.

Dans l’avion pour Paris, Olivia ne regarda pas de film. Elle ouvrit un vieux carnet Ă  elle, retrouvĂ© dans les affaires de son pĂšre, et y lut des notes prises Ă  dix-huit ans : listes de livres, adresses de cafĂ©s, phrases de sa mĂšre. L’une d’elles, Ă©crite en marge d’un cours de droit, disait : « On ne possĂšde pas ce qu’on aime. On l’accompagne. » Olivia passa le pouce sur l’encre pĂąlie. Clara avait peut-ĂȘtre Ă©chouĂ© Ă  revenir, mais elle avait laissĂ© des cailloux blancs dans les marges.

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À l’atterrissage, une pluie fine couvrait Roissy. Ce gris-lĂ , au lieu de l’abattre, lui fit du bien. Los Angeles brillait trop pour les femmes en ruine. Paris, avec ses trottoirs mouillĂ©s et ses cafĂ©s serrĂ©s, savait mieux accueillir les vĂ©ritĂ©s fatiguĂ©es.

Dans cet appartement parisien fermé depuis vingt ans, Diane cherchait quelque chose que Clara avait caché avant de disparaßtre.

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