Globalnewsdesk

Chapitre 13 - Un fils Marceau

Chapter 13 - Chapitre 13 - Un fils Marceau

Olivia rentra tard Ă  l’hĂŽtel. Caleb dormait dĂ©jĂ , recroquevillĂ© sur le cĂŽtĂ©, une main sous la joue. La veilleuse projetait au plafond une constellation pĂąle. Sur la table de nuit, il avait alignĂ© ses crayons par taille, comme pour remettre de l’ordre quelque part.

Elle s’assit au bord du lit.

Un fils Marceau.

La phrase de Diane tournait dans sa tĂȘte avec une obstination de machine. Nathan avait-il Ă©pousĂ© Olivia pour ses parts ? Oui, cela Ă©tait devenu Ă©vident. Mais Caleb ? Avait-il voulu un enfant par amour, par hĂ©ritage, par stratĂ©gie ?

Peut-on sĂ©parer ces choses quand on a partagĂ© un lit, des fiĂšvres d’enfant, des dimanches matin, des courses au supermarchĂ© oĂč Nathan choisissait les cĂ©rĂ©ales trop sucrĂ©es malgrĂ© les protestations d’Olivia ?

Le malheur des trahisons longues, c’est qu’elles ne dĂ©truisent pas seulement le futur. Elles contaminent les souvenirs heureux.

Le lendemain, Geraldine obtint les dossiers mĂ©dicaux liĂ©s Ă  la grossesse d’Olivia. Pas les examens ordinaires. Ceux du cabinet privĂ© recommandĂ© par Diane, Ă  l’époque oĂč Olivia avait fait deux fausses couches prĂ©coces et oĂč Nathan, soudain tendre, l’avait emmenĂ©e chez « le meilleur spĂ©cialiste de la cĂŽte Ouest ».

Olivia lut les noms, les dates, les traitements. Sa vue se brouilla.

— Je ne comprends pas.

Geraldine resta prùs d’elle.

— Certains prĂ©lĂšvements gĂ©nĂ©tiques ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s sans consentement explicite. Des analyses de compatibilitĂ© successorale, si je puis dire.

— Caleb n’est pas un portefeuille.

— Non. Mais Nathan semble avoir voulu s’assurer qu’il serait biologiquement votre fils et hĂ©ritier Marceau sans contestation possible.

La nausĂ©e vint sans prĂ©venir. Olivia courut aux toilettes du cabinet et resta longtemps penchĂ©e au-dessus du lavabo, respirant l’odeur de savon au thĂ© vert. Quand elle releva la tĂȘte, son visage dans le miroir lui parut plus ĂągĂ© de dix ans.

Elle pensa aux femmes françaises de sa famille, celles qui gardaient les photos dans des boßtes à biscuits, qui disaient « ça ira » en ajoutant du beurre dans les pùtes, qui savaient que le corps des femmes avait trop souvent servi de territoire aux décisions des autres.

Elle revint dans la salle.

— Je veux entendre Nathan.

Geraldine secoua la tĂȘte.

— Pas seule.

— Je ne serai plus jamais seule avec lui.

La confrontation eut lieu dans une petite salle de mĂ©diation, avec deux avocats de chaque cĂŽtĂ© et une table qui semblait faite pour empĂȘcher les gens de se jeter leurs vĂ©ritĂ©s au visage.

Nathan arriva pĂąle, mal rasĂ©. Il n’avait plus son armure parfaite.

— Diane ment, dit-il avant mĂȘme de s’asseoir.

Olivia le regarda.

— Alors rĂ©ponds simplement. As-tu demandĂ© ces tests pendant ma grossesse ?

Il détourna les yeux.

Elle ferma les siens une seconde.

C’était une rĂ©ponse.

— Pourquoi ?

— Parce que tout le monde voulait me prendre quelque chose ! cria-t-il presque, avant de se reprendre. Mon pĂšre avait laissĂ© des bombes partout. Ta famille possĂ©dait des verrous sur mon entreprise. Vanessa apparaissait avec ses revendications. Ma mĂšre disait que si nous avions un fils, un vrai hĂ©ritier Marceau-Whitaker, les attaques seraient impossibles.

— Un vrai hĂ©ritier.

Sa voix était basse, presque douce.

Nathan comprit trop tard qu’il venait de choisir les pires mots.

— Olivia
 j’aimais Caleb.

— Tu l’aimais comme on aime une garantie.

Il pĂąlit.

— Non.

— Tu l’as appelĂ© « ce garçon » hier devant lui.

Le silence qui suivit le frappa plus fort qu’une accusation.

Pour la premiĂšre fois, Nathan sembla revoir la scĂšne non depuis sa colĂšre, mais depuis les yeux de son fils.

— Je ne voulais pas


— C’est le problùme, Nathan. Tu n’as jamais voulu regarder ce que tu faisais quand tu avais peur.

Geraldine posa alors un nouveau document sur la table.

— Nous demandons la suspension immĂ©diate de vos droits dĂ©cisionnels sur Caleb jusqu’à Ă©valuation familiale. Et l’ouverture d’une enquĂȘte sur les tests pratiquĂ©s sans consentement Ă©clairĂ©.

Nathan ne protesta pas. Il regardait ses mains.

Au moment de sortir, il murmura :

— Il y a une copie des rĂ©sultats dans le coffre de ma mĂšre.

Olivia se retourna.

— Pourquoi me le dire maintenant ?

Il releva les yeux, humides mais pas encore sauvés.

— Parce que Diane ne s’arrĂȘtera pas Ă  moi.

AprĂšs la mĂ©diation, Olivia marcha seule dans un petit parc derriĂšre le cabinet. Il n’y avait qu’un banc, trois arbres poussiĂ©reux et une fontaine qui ne fonctionnait pas. Elle s’y assit pourtant. Elle avait besoin d’un endroit sans marbre, sans Ă©cran, sans signature. Un endroit oĂč son corps pouvait comprendre ce que son esprit savait dĂ©jĂ  : Nathan ne l’avait pas seulement trahie avec Vanessa ou l’argent. Il avait acceptĂ© que son ventre devienne une clause.

May you like

Elle posa une main sur son abdomen, geste inutile et ancien. Les femmes gardent parfois dans leur corps les permissions que d’autres ont prises sans demander. Elle pensa Ă  Caleb bĂ©bĂ©, Ă  sa chaleur contre elle, Ă  ses doigts minuscules sur son cou. Rien, pas mĂȘme les calculs de Diane, ne pouvait salir ce lien-lĂ . Mais il faudrait beaucoup de temps pour que cette certitude redescende de sa tĂȘte jusqu’à sa peau.

Ce soir-lĂ , Olivia comprit que Nathan commençait peut-ĂȘtre Ă  tomber, mais que sa mĂšre, elle, n’avait pas encore vraiment attaquĂ©.

Related Stories

Other posts