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Chapitre 11 - La sƓur cachĂ©e

Chapter 11 - Chapitre 11 - La sƓur cachĂ©e

Vanessa disparut aprÚs la réunion.

Pas longtemps. Assez pour que Nathan perde une partie de son arrogance, assez pour que les avocats de Whitaker Horizon s’agitent comme des fourmis sous la pluie, assez pour que les journaux financiers commencent Ă  parler de « tensions internes autour d’une fiducie familiale ». Les journalistes adorent les mots propres pour dĂ©crire la pourriture.

Olivia passa la journĂ©e dans le bureau de Geraldine, entre des cafĂ©s refroidis et des appels trop techniques. Par la fenĂȘtre, la ville semblait continuer sans elle : taxis, livreurs, couples pressĂ©s, femmes sortant de yoga avec des bouteilles d’eau hors de prix.

Caleb faisait ses devoirs dans la piÚce voisine. Un agent de sécurité lisait un magazine prÚs de la porte. La normalité avait désormais des gardes.

En fin d’aprĂšs-midi, un message arriva sur le tĂ©lĂ©phone professionnel de Geraldine.

« Je veux parler Ă  Olivia seule. Pas d’avocats. Pas de Nathan. V. »

Geraldine dit immédiatement non.

Olivia répondit :

— Alors elle ne parlera pas.

— Elle a menacĂ© votre fils.

— Elle a essayĂ© de l’approcher. Ce n’est pas la mĂȘme chose.

Geraldine la regarda longtemps.

— Votre compassion vous a dĂ©jĂ  coĂ»tĂ© cher.

— Non. Ma naĂŻvetĂ© m’a coĂ»tĂ© cher. Ce n’est pas la mĂȘme chose non plus.

Elles convinrent d’un lieu neutre : une terrasse d’hĂŽtel, visible, sĂ©curisĂ©e, en fin de journĂ©e. Olivia n’était pas seule. Geraldine resta Ă  une table voisine. Deux agents dans le hall. Caleb loin, avec Mrs. Alvarez.

Vanessa arriva sans robe bordeaux. Elle portait un jean sombre, un pull noir, les cheveux attachĂ©s sans soin. Elle avait l’air plus jeune et plus dure Ă  la fois.

— Tu sais, dit-elle en s’asseyant, j’ai longtemps cru que Clara Marceau m’avait volĂ© ma vie.

Olivia ne répondit pas.

— On m’a dit qu’elle m’avait cachĂ©e pour protĂ©ger sa fille lĂ©gitime. Qu’elle avait donnĂ© mon hĂ©ritage Ă  une autre enfant. Toi.

— Qui t’a dit ça ?

Vanessa eut un sourire sans joie.

— Edward d’abord. Puis Nathan.

Le nom de Nathan entra dans l’air comme une poussiùre noire.

— Nathan savait ?

— Pas tout. Assez. Il savait que j’étais liĂ©e aux Whitaker. Il savait que je pouvais contester certaines choses si je retrouvais des preuves. Il m’a dit qu’il m’aiderait. Qu’on reprendrait ce qui avait Ă©tĂ© volĂ©.

— En volant mon argent ?

— En rĂ©cupĂ©rant le mien.

Olivia regarda ses mains. La bague verte brillait toujours.

— Et Caleb ?

Vanessa détourna les yeux.

— Je n’ai jamais voulu lui faire du mal.

— Tu as demandĂ© son carnet.

— Parce que Nathan m’a dit que tu l’utilisais contre nous.

Olivia sentit l’ancienne machine se dessiner : Nathan au centre, chacun nourri d’un mensonge diffĂ©rent, chacun convaincu de devoir se dĂ©fendre contre l’autre.

— Tu as copiĂ© ma signature.

Vanessa pĂąlit.

— Non.

— Les experts le prouveront.

— J’ai transmis des documents. Je n’ai pas signĂ©.

— Alors qui ?

Elle ne répondit pas.

Un serveur posa deux cafĂ©s. Vanessa attendit qu’il s’éloigne. Ses doigts tremblaient lĂ©gĂšrement sur la soucoupe.

— Nathan a une femme Ă  l’intĂ©rieur du conseil. Pas moi. Quelqu’un que tout le monde croit insignifiant.

— Un nom.

— Je te le donne si tu me donnes la vidĂ©o complĂšte de Clara.

Olivia comprit alors que Vanessa n’était pas venue nĂ©gocier l’argent. Elle voulait revoir la seule femme qui avait peut-ĂȘtre essayĂ© de la sauver.

— Pourquoi ? demanda Olivia.

Vanessa leva des yeux humides, mais son menton resta dur.

— Parce que je ne sais plus qui je dois haïr.

Le tĂ©lĂ©phone d’Olivia vibra. Un message de Caleb, envoyĂ© depuis le tĂ©lĂ©phone de Mrs. Alvarez : « Maman, j’ai oubliĂ© de dire : la dame avec la clĂ© dorĂ©e n’était pas Vanessa. Elle avait des chaussures rouges. »

Olivia regarda Vanessa.

Vanessa regarda le message.

Sur la terrasse de l’hĂŽtel, les verres tintaient autour d’elles, lĂ©gers, mondains, absurdes. Des femmes riaient en sortant de boutiques, des hommes parlaient d’acquisitions, un serveur expliquait l’origine d’un vin blanc Ă  un couple qui ne l’écoutait pas. Olivia pensa que c’est ainsi que les grandes douleurs circulent souvent : non pas dans le tonnerre, mais au milieu des conversations ordinaires, quand personne ne sait que deux femmes assises Ă  une table viennent de dĂ©couvrir qu’on a volĂ© leur enfance Ă  toutes les deux.

Vanessa remua son café sans le boire.

— Si Clara m’a protĂ©gĂ©e, pourquoi personne ne m’a aimĂ©e correctement aprĂšs ?

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Olivia n’eut pas de rĂ©ponse. Il y a des questions devant lesquelles mĂȘme la vĂ©ritĂ© baisse les yeux.

Et toutes les deux comprirent que la vraie faussaire Ă©tait encore plus proche de Nathan qu’elles ne l’avaient imaginĂ©.

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