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Chapitre 04 - MaĂźtre Dufour ne sourit jamais

Chapitre 04 - MaĂźtre Dufour ne sourit jamais

Le cabinet de MaĂźtre Dufour se trouvait au deuxiĂšme Ă©tage d’un immeuble ancien prĂšs de Saint-Germain-en-Laye, avec un escalier qui sentait la cire et le papier conservĂ© trop longtemps.

Le lundi matin, Élise y entra avec Marcus, Lily et, contre toute attente, Sienna. La jeune Ă©pouse avait dormi dans un hĂŽtel d’affaires, seule, aprĂšs avoir refusĂ© de suivre Logan chez un ami. Elle n’avait presque pas parlĂ©. Ses yeux, gonflĂ©s de fatigue, rendaient son visage plus jeune et moins dangereux.

MaĂźtre Dufour les reçut sans manifester de surprise. C’était une femme Ă  qui la vie avait probablement appris que les familles les plus polies cachaient souvent les dossiers les plus sales.

Elle posa quatre tasses de café sur la table, un chocolat chaud devant Lily, puis ouvrit une chemise bleue.

— Je vais parler clairement, dit-elle. Monsieur Sterling n’a jamais Ă©tĂ© propriĂ©taire du terrain de l’allĂ©e des Marronniers. Il n’a jamais eu le droit de le vendre, de l’hypothĂ©quer ou de l’inclure dans quelque dĂ©claration patrimoniale que ce soit.

Sienna ferma les yeux.

— Il a pourtant signĂ© un dossier de prĂȘt pour notre sociĂ©tĂ©, murmura-t-elle.

— C’est exact, rĂ©pondit MaĂźtre Dufour. Et c’est prĂ©cisĂ©ment le problĂšme.

Marcus se pencha en avant.

— Il a utilisĂ© la maison de grand-pĂšre comme garantie ?

— Il a tentĂ©. À deux reprises. La premiĂšre demande a Ă©tĂ© rejetĂ©e grĂące Ă  une vĂ©rification cadastrale. La seconde a Ă©tĂ© transmise Ă  une banque privĂ©e moins regardante. Nous avons bloquĂ© la procĂ©dure vendredi dernier.

Élise regarda ses mains. MĂȘme prĂ©parĂ©e, elle ressentit une colĂšre froide lui traverser le ventre. Logan avait utilisĂ© le nom d’AndrĂ©, la mĂ©moire d’AndrĂ©, comme on utilise un vieux parapluie oubliĂ© dans une voiture.

Sienna parla d’une voix cassĂ©e.

— Il m’a dit qu’il avait vendu un immeuble Ă  Bordeaux. Que c’est avec cet argent qu’il finançait la rĂ©ception Ă  Positano.

MaĂźtre Dufour sortit une autre feuille.

— La rĂ©ception n’a pas Ă©tĂ© payĂ©e avec la vente d’un immeuble. Elle a Ă©tĂ© payĂ©e en grande partie par une avance obtenue sur des parts d’entreprise dont la valeur repose sur des dĂ©clarations contestĂ©es.

Lily fronça les sourcils.

— Ça veut dire quoi ?

Élise rĂ©pondit avant la notaire.

— Ça veut dire que ton pĂšre a promis de l’argent qu’il n’avait pas encore. Peut-ĂȘtre mĂȘme qu’il n’avait pas du tout.

Lily se tassa sur sa chaise.

MaĂźtre Dufour tourna une page.

— Il y a plus grave. Lors du dĂ©montage de la maison, une boĂźte a Ă©tĂ© dĂ©couverte sous le plancher du bureau. Elle contenait des documents relatifs Ă  une ancienne dette contractĂ©e au nom de Monsieur AndrĂ© Moreau.

Marcus releva brusquement la tĂȘte.

— Grand-pùre avait des dettes ?

— Officiellement, non. C’est bien ce qui rend ces papiers intĂ©ressants.

Elle fit glisser une photocopie au centre de la table. La signature d’AndrĂ© apparaissait au bas d’un contrat. Élise ne pouvait pas la regarder sans sentir la nausĂ©e. Elle avait connu l’écriture de son pĂšre sur des listes de courses, des cartes d’anniversaire, des plans de charpente griffonnĂ©s sur des nappes. Cette signature-lĂ  lui ressemblait sans ĂȘtre lui.

— Faux ? demanda Sienna.

— TrĂšs probablement. Nous avons demandĂ© une expertise.

Sienna porta une main Ă  sa bouche.

— Logan m’a montrĂ© cette signature une fois. Il a dit que son beau-pĂšre l’avait toujours soutenu.

Élise sentit une douleur sĂšche derriĂšre les yeux. Toute sa vie conjugale venait de se rĂ©sumer en une phrase : Logan lui avait volĂ© jusqu’au soutien imaginaire de son pĂšre.

— Pourquoi papi aurait gardĂ© ça ? demanda Lily.

Maßtre Dufour hésita.

— Il ne l’a pas gardĂ©. La boĂźte Ă©tait dissimulĂ©e aprĂšs sa mort, d’aprĂšs l’ouvrier. Le systĂšme de fixation est rĂ©cent.

Le cabinet devint silencieux.

Marcus comprit le premier.

— Donc papa aurait cachĂ© ça dans la maison.

Personne ne rĂ©pondit. Il n’y avait pas besoin.

Le tĂ©lĂ©phone de Sienna vibra sur la table. Elle regarda l’écran. Logan.

Elle ne décrocha pas.

Un deuxiĂšme message arriva. Puis un troisiĂšme.

Ses doigts tremblaient quand elle retourna l’appareil face visible, comme si chacun devait voir.

“Ne leur dis rien sur le coffre de Naples.”

Élise lut la phrase.

MaĂźtre Dufour, pour la premiĂšre fois depuis le dĂ©but de l’entretien, oublia de refermer son stylo.

— Madame Sterling, dit-elle lentement, de quel coffre parle-t-il ?

Sienna devint livide.

— Je pensais que c’était un cadeau de mariage.

Elle ouvrit son sac, sortit une petite clĂ© dorĂ©e accrochĂ©e Ă  un porte-clĂ©s d’hĂŽtel italien, et la posa sur la table.

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Élise comprit alors que Logan n’avait pas laissĂ© ses secrets dans une seule maison.

Il les avait emmenés en lune de miel.

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