Chapitre 14 - La voix dâAndrĂ©

Chapitre 14 - La voix dâAndrĂ©
Ils Ă©coutĂšrent lâenregistrement chez MaĂźtre Lenoir, jamais Ă la maison. Ălise avait refusĂ© que Marcus et Lily lâentendent sans protection, puis avait finalement acceptĂ© leur prĂ©sence. Ils avaient grandi au milieu des consĂ©quences ; leur refuser les causes aurait Ă©tĂ© une autre maniĂšre de mentir.
La voix dâAndrĂ© grĂ©silla dâabord, lointaine, chargĂ©e dâun souffle de mauvaise qualitĂ©. Puis elle prit forme.
â Logan, je sais pour le contrat modifiĂ©.
Un silence. Ensuite la voix de Logan, plus jeune, moins maßtrisée :
â Vous vous faites des idĂ©es.
â Je connais ma signature. Et je connais celle de Claire Duval. Tu as cru quâun charpentier ne verrait pas une imitation ?
Ălise porta une main Ă sa bouche. Elle nâavait pas entendu son pĂšre depuis si longtemps que son corps rĂ©agit avant son esprit. Lily se blottit contre elle.
Lâenregistrement continua. AndrĂ© disait quâil voulait que Logan quitte Ălise, quâil rembourserait ce quâil pourrait mais quâil ne laisserait pas sa fille vivre avec un homme capable de falsifier des garanties. Logan riait parfois, puis devenait menaçant.
â Votre fille mâaime. Elle est enceinte de notre deuxiĂšme enfant. Vous croyez quâelle choisira son pĂšre malade contre son mari ?
Lily pĂąlit.
â CâĂ©tait moi, murmura-t-elle.
Ălise lui prit la main.
Puis vint la phrase que Mireille nâavait pas supportĂ©e.
Logan disait :
â Ălise nâest mĂȘme pas votre vraie fille. Vous avez passĂ© votre vie Ă rĂ©parer la faute dâun autre homme. Laissez-moi au moins rentabiliser votre sens du sacrifice.
Le silence dans le bureau fut total.
La voix dâAndrĂ© rĂ©pondit, basse, tremblante de colĂšre.
â Tu peux falsifier des papiers, Logan. Tu peux voler de lâargent, sĂ©duire les lĂąches, effrayer les faibles. Mais ne prononce plus jamais cette phrase devant moi. Ălise est ma fille parce que je lâai choisie avant mĂȘme quâelle sache ouvrir les yeux.
Ălise pleura enfin.
Pas comme une femme vaincue. Comme quelquâun qui reçoit, trop tard, la preuve quâelle avait Ă©tĂ© aimĂ©e exactement lĂ oĂč on lâavait fait douter.
Lâenregistrement se termina par un bruit de porte. Puis un souffle, celui dâAndrĂ© restĂ© seul.
â Ma grande, si un jour tu entends ça, ne garde pas une maison au prix de ta paix. Les murs se reconstruisent. Pas la dignitĂ©.
MaĂźtre Lenoir arrĂȘta le fichier.
MĂȘme elle avait les yeux brillants.
â Cette preuve change tout, dit-elle aprĂšs un moment. Menaces, tentative dâextorsion, falsification, abus de faiblesse potentiel sur votre mĂšre, escroquerie financiĂšre. Nous allons dĂ©poser plainte officiellement.
Marcus se leva brusquement.
â Je veux tĂ©moigner.
â Tu nâes pas obligĂ©.
â Je sais. Je veux.
Lily essuya son visage.
â Moi aussi. Pas au tribunal si je nâai pas le droit, mais je veux dire ce quâil nous a fait croire.
Ălise aurait voulu les protĂ©ger encore. Mais elle comprit que la vĂ©ritĂ©, chez les enfants, ne demande pas seulement un abri. Elle demande un rĂŽle, un endroit oĂč se tenir debout.
Logan fut convoquĂ© deux jours plus tard. La nouvelle circula vite dans son rĂ©seau. Les soutiens prudents disparurent. Certains commentaires sous ses publications furent effacĂ©s. Dâautres changĂšrent de ton. Lâhomme si sĂ»r de contrĂŽler son rĂ©cit se retrouva face Ă ce quâil ne supportait pas : une histoire racontĂ©e par plusieurs voix.
Mais il lui restait Lucienne.
La vieille femme tenta une derniĂšre manĆuvre. Elle invita Ălise Ă dĂ©jeuner dans un restaurant discret, proposant âune solution Ă©lĂ©ganteâ. MaĂźtre Lenoir dĂ©conseilla la rencontre. Ălise y alla quand mĂȘme, accompagnĂ©e dâun stylo enregistreur parfaitement lĂ©galement annoncĂ©.
â Jâenregistre, dit-elle en sâasseyant.
Lucienne sourit.
â Tu as pris goĂ»t aux mĂ©thodes vulgaires.
â Non. Aux mĂ©thodes utiles.
Le dĂ©jeuner dura vingt minutes. Lucienne proposa de lâargent, puis un appartement pour les enfants, puis une dĂ©claration commune. Ălise refusa tout.
Alors le masque tomba.
â Sans Logan, tu serais restĂ©e une petite fille dâartisan avec un nom incertain.
Ălise posa sa serviette sur la table.
â Sans mon pĂšre, votre fils ne serait quâun voleur avec de bonnes chaussures.
Lucienne se pencha.
â Tu crois que tu peux gagner ?
â Non, dit Ălise. Je crois que je peux arrĂȘter de perdre pour vous faire plaisir.
Elle sortit du restaurant sans attendre le dessert.
Sur le trottoir, son téléphone vibra.
Un message de MaĂźtre Dufour : âUrgent. Quelquâun vient de dĂ©poser une demande de permis de construire sur votre terrain.â
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Le demandeur nâĂ©tait ni Logan, ni Lucienne.
CâĂ©tait Marcus.