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Chapitre 15 - Le projet de Marcus

Chapitre 15 - Le projet de Marcus

Marcus n’avait pas dĂ©posĂ© un permis de construire.

Il avait dĂ©posĂ© une demande d’information prĂ©alable, maladroitement remplie, au nom d’une association qui n’existait pas encore : “La Maison d’AndrĂ©â€. Le document, scannĂ© par la mairie avant d’ĂȘtre redirigĂ© vers MaĂźtre Dufour, portait sa signature de mineur et un croquis au stylo reprĂ©sentant une bĂątisse basse, avec une grande table commune et un atelier de rĂ©paration.

Élise ne sut d’abord pas si elle devait rire, pleurer ou le gronder.

Elle le trouva dans sa chambre, entourĂ© de feuilles imprimĂ©es : associations d’aide au logement, habitats temporaires, permis d’amĂ©nager, subventions rĂ©gionales. Lily Ă©tait assise sur le lit, coloriant le logo au feutre bleu.

— On voulait te le dire quand ce serait mieux, dit Marcus.

— Mieux que juridiquement impossible ?

Lily leva la main.

— C’est ma partie, le logo. Ne crie pas sur l’artiste.

Élise s’assit sur le bord du lit.

— Expliquez-moi.

Marcus rougit. Il avait l’air à la fois de son ñge et de beaucoup plus vieux.

— Grand-pĂšre disait que la maison devait servir Ă  ceux qui avaient besoin de repartir. Papa l’a utilisĂ©e pour mentir. Toi, tu l’as dĂ©montĂ©e pour te sauver. Peut-ĂȘtre qu’on peut utiliser le terrain pour autre chose. Pas une villa. Un endroit pour des femmes qui partent avec des enfants et qui n’ont pas encore de solution.

Élise ne parla pas.

Lily ajouta :

— Pas un truc triste. Un endroit joli. Avec des plantes. Et un atelier oĂč on apprend Ă  rĂ©parer les meubles, comme papi.

La mĂšre regarda ses enfants et pensa que Logan, avec toutes ses manipulations, n’avait pas rĂ©ussi Ă  leur voler l’essentiel : leur capacitĂ© Ă  imaginer autre chose que la revanche.

MaĂźtre Dufour, au lieu de se moquer, prit l’idĂ©e trĂšs au sĂ©rieux. Claire Duval proposa de contacter une fondation. Anne connaissait une Ă©lue municipale. MĂȘme Sienna, qui cherchait dĂ©sormais un emploi et un avocat pour annuler son mariage, offrit d’aider Ă  monter un dossier de communication.

— J’ai appris Ă  vendre des illusions, dit-elle. Je peux peut-ĂȘtre servir Ă  prĂ©senter une vĂ©ritĂ©.

Élise sourit pour la premiùre fois franchement depuis longtemps.

Mais Logan apprit le projet.

Il débarqua devant le lycée de Marcus un vendredi aprÚs-midi, malgré les consignes. Il ne le toucha pas, ne cria pas. Logan savait redevenir pÚre quand il y avait des témoins.

— Tu crois que ta mùre va te donner ce terrain ? demanda-t-il. Elle t’utilise contre moi.

Marcus continua de marcher.

— Non. Elle m’a dit que je n’avais pas le droit de dĂ©poser quoi que ce soit sans adulte.

— Alors pourquoi tu l’as fait ?

Le garçon s’arrĂȘta.

— Pour que quelque chose de vrai sorte de ce que tu as cassĂ©.

Logan eut un sourire triste, presque réussi.

— Tu parles comme elle. Tu verras, un jour, quand tu seras un homme, tu comprendras que les femmes blessĂ©es dĂ©truisent tout ce qu’elles ne contrĂŽlent pas.

Marcus sortit son téléphone.

— Tu veux que je relance l’enregistrement ou tu prĂ©fĂšres continuer naturellement ?

Pour la premiĂšre fois, Logan ne sut plus parler Ă  son fils.

Le soir, l’incident fut ajoutĂ© au dossier. MaĂźtre Lenoir demanda une mesure d’éloignement provisoire. Logan cria Ă  l’acharnement, puis tenta de joindre Sienna. Elle ne rĂ©pondit pas. Il envoya alors un message Ă  Lily, un long texte dĂ©goulinant de regrets, oĂč il disait que sa mĂšre l’avait “empoisonnĂ©e”.

Lily le lut dans le salon, puis tendit le tĂ©lĂ©phone Ă  Élise.

— Je ne sais pas quoi faire.

Élise aurait voulu Ă©crire Ă  la place de sa fille. Dire enfin Ă  Logan ce qu’il mĂ©ritait d’entendre. Mais elle rendit le tĂ©lĂ©phone.

— RĂ©ponds seulement si ça t’aide toi. Pas si tu veux lui apprendre quelque chose. Il n’écoute que ce qui lui sert.

Lily Ă©crivit une phrase : “Je t’aimerai peut-ĂȘtre un jour autrement, mais aujourd’hui j’ai besoin que tu me laisses tranquille.”

Elle envoya, puis fondit en larmes.

Élise la tint longtemps.

Le lendemain, une camionnette s’arrĂȘta devant le terrain nu. Trois hommes descendirent avec des outils. Ils affirmĂšrent avoir Ă©tĂ© mandatĂ©s pour installer une clĂŽture de chantier “prĂ©paratoire”. L’un d’eux portait un document signĂ©.

Cette fois, la signature imitĂ©e n’était pas celle d’Élise.

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C’était celle de Marcus.

Et Logan venait de faire l’erreur que Maütre Lenoir attendait.

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