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Chapitre 08 - La gratitude empoisonnée

Chapter 08 - Chapitre 08 - La gratitude empoisonnée

L’enregistrement de la cave à vin ne fit pas de bruit spectaculaire.

Un souffle. Un grésillement. Des voix plus jeunes, un peu lointaines. Puis cette phrase de Victoria, nette comme un verre cassé dans une piÚce silencieuse.

“Élise aurait dĂ» comprendre qu’aider une femme comme moi Ă©tait une erreur.”

Audrey regardait l’écran noir de l’ordinateur. On n’y voyait rien, et pourtant elle imaginait tout: Victoria dans un salon trop beau, le foulard d’Élise entre les mains, le parfum au jasmin couvrant l’odeur des choses plus laides.

La voix de Raymond suivit:

“Victoria, arrĂȘte. Tu vas la tuer.”

Paul se leva immédiatement.

— Réécoutez.

Mara relança la séquence.

La voix de Raymond tremblait.

Victoria répondit, plus basse:

“On ne tue pas les femmes comme Élise. On les rend impossibles à croire.”

Cette phrase devint plus tard centrale dans l’affaire.

Pour Audrey, elle fut d’abord personnelle.

Sa mĂšre n’avait pas seulement Ă©tĂ© malade. Elle avait Ă©tĂ© entourĂ©e d’un brouillard fabriquĂ©. Chaque plainte pouvait devenir anxiĂ©tĂ©. Chaque intuition, paranoĂŻa. Chaque preuve, obsession.

La méthode avait ensuite été appliquée à Camille.

Puis Ă  Audrey.

Victoria n’inventait pas des mensonges au hasard. Elle crĂ©ait un climat oĂč la vĂ©ritĂ© paraissait dĂ©jĂ  suspecte avant d’ĂȘtre dite.

Raymond fut confrontĂ© Ă  l’enregistrement.

Il ne nia pas.

— J’étais lĂ , dit-il.

Camille, assise en face de lui, ne bougea pas.

— Et tu as laissĂ© faire.

— Oui.

— Tu Ă©tais lĂ  quand elle a commencĂ© avec moi ?

Il ferma les yeux.

— Oui.

— Quand elle a pris mon fils ?

Raymond pleura.

— Oui.

Camille se leva.

— Je ne sais pas si je pourrai un jour te pardonner.

— Je sais.

— Non, dit-elle. Tu ne sais pas. Tu ne sais rien de ce que ça coĂ»te de devenir folle dans la bouche de quelqu’un d’autre.

Elle sortit.

Audrey la suivit dans le couloir.

Camille s’appuya contre le mur, les deux mains sur le visage.

— Je le dĂ©teste, dit-elle.

— Tu as le droit.

— Et je l’aime quand mĂȘme. C’est ça qui me donne envie de vomir.

Audrey pensa Ă  Dominic.

À son visage dans la chambre de maternitĂ© avant que tout bascule. À ses quelques gestes tendres, suffisamment rĂ©els pour rendre le reste plus cruel. On peut aimer des gens qui nous dĂ©truisent. Cela ne les rend pas moins dangereux. Cela rend seulement le dĂ©part plus douloureux.

— L’amour n’est pas toujours une preuve qu’il faut rester, dit-elle.

Camille baissa les mains.

— Vous devriez Ă©crire ça quelque part.

— Je viens de l’apprendre.

Le procĂšs de Victoria se durcit.

Le procureur utilisa l’enregistrement, la lettre d’Élise, les dossiers mĂ©dicaux, les vidĂ©os de l’hĂŽpital, les tĂ©moignages de Camille, Raymond, Olivia, Dominic, Avery Cole. Les charges liĂ©es Ă  Audrey Ă©taient solides. Celles liĂ©es Ă  Élise encore complexes, car la mĂ©decine aime les zones grises oĂč les criminels propres se cachent.

Mais l’histoire publique avait changĂ©.

Victoria n’était plus une belle-mĂšre contrĂŽlante.

Elle devenait le visage d’un systùme.

Des femmes commencĂšrent Ă  appeler.

Une ancienne patiente de la maison du lac. Une veuve dont le beau-frĂšre avait tentĂ© de la placer sous tutelle. Une femme qui avait signĂ© un abandon temporaire d’enfant dans la confusion d’un traitement. Une infirmiĂšre ayant travaillĂ© avec Avery Cole.

Audrey ne pouvait pas toutes écouter.

Elle essaya, deux jours, puis s’effondra d’épuisement.

Olivia lui confisqua son téléphone pendant trois heures.

— Vous n’allez pas sauver d’autres femmes en redevenant un dossier mĂ©dical inquiĂ©tant.

Audrey voulut protester.

Leo pleura.

Elle abandonna la bataille.

Paul crĂ©a un fonds juridique, mais Audrey refusa qu’il porte son nom ou celui de Lambert.

— Pas maintenant, dit-elle. Maman a aidĂ© Victoria, et Victoria a transformĂ© cette aide en arme. Je ne veux pas d’une plaque dorĂ©e sur une blessure encore ouverte.

— Alors quoi ? demanda Paul.

— Un programme concret. À l’hĂŽpital. Pour les femmes qui sortent de maternitĂ©. Transport vĂ©rifiĂ©. Appel tĂ©moin. Assistance juridique. Suivi indĂ©pendant.

Olivia, prĂ©sente dans la piĂšce, releva la tĂȘte.

— Ça sauverait des vies.

Audrey regarda le billet de cinquante dollars, conservé sous plastique.

— Alors on commence par là.

Dominic, en détention, envoya une lettre.

Cette fois, Audrey ne voulut pas la lire.

Maßtre Delcourt en résuma une ligne:

— Il affirme que Victoria a un dernier dossier. Pas sur vous. Sur votre pùre.

Paul releva les yeux.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

L’avocate hĂ©sita.

— Dominic dit que Victoria comptait, si tout Ă©chouait, accuser Paul d’avoir utilisĂ© la Fondation pour acheter des bĂ©bĂ©s via la maison du lac.

Audrey se redressa.

— C’est absurde.

— Oui, dit MaĂźtre Delcourt. Mais il existe peut-ĂȘtre des documents falsifiĂ©s pour le faire croire.

Paul resta silencieux.

Puis il dit:

— Il y a eu une adoption dans ma famille.

Audrey le regarda.

— Quoi ?

Il semblait vidé.

— Ton frùre.

Le mot entra dans la piĂšce sans permission.

Audrey ne respira plus.

— Je n’ai pas de frùre.

Paul ferma les yeux.

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— Tu en avais un.

Et soudain, la bataille contre Victoria ouvrit une porte qu’Audrey n’avait mĂȘme jamais imaginĂ©e.

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