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Chapitre 11 - Le procĂšs de Victoria

Chapter 11 - Chapitre 11 - Le procĂšs de Victoria

Victoria entra au tribunal en tailleur ivoire.

Pas en robe rouge. Pas cette fois.

Elle avait choisi la couleur de l’innocence sociale, celle des femmes qui veulent paraĂźtre fragiles sans renoncer Ă  l’autoritĂ©. Ses cheveux bruns Ă©taient attachĂ©s bas. Son maquillage presque absent. Elle semblait plus petite qu’avant.

Audrey ne s’y trompa pas.

Les serpents savent se faire bracelet quand il le faut.

Le procĂšs principal rĂ©unit plusieurs affaires: mise en danger d’Audrey et Leo, fraude Ă  la fiducie, falsification de documents mĂ©dicaux, abus de faiblesse, pressions sur tĂ©moins, et le volet rouvert de la mort d’Élise Lambert. Certaines charges liĂ©es Ă  la maison du lac seraient jugĂ©es sĂ©parĂ©ment pour d’autres victimes.

La salle était pleine.

Audrey Ă©tait assise entre MaĂźtre Delcourt et Paul. Julian derriĂšre elle, avec Marianne. Camille plus loin, accompagnĂ©e d’une psychologue. Olivia tĂ©moignait dans l’aprĂšs-midi.

Dominic avait dĂ©jĂ  plaidĂ© coupable sur plusieurs points et coopĂ©rait. Il entra sous escorte, plus maigre, costume gris, visage vidĂ©. Audrey ne ressentit ni satisfaction ni pitiĂ©. C’était Ă©trange de voir l’homme qui avait partagĂ© son lit devenir un Ă©lĂ©ment de procĂ©dure.

Le procureur commença par le trottoir.

La vidéo fut projetée.

Dominic donnant le billet.

Audrey, pĂąle, Leo contre elle.

Le SUV qui part.

Puis les consignes médicales.

Puis les messages de Victoria.

Le procureur ne cria pas. Il n’en avait pas besoin.

Les faits parlaient avec une sobriété terrible.

Olivia tĂ©moigna ensuite. Elle raconta la faiblesse d’Audrey, l’incohĂ©rence de la sortie, le refus de Dominic de revenir quand l’hĂŽpital l’appela.

L’avocat de Victoria tenta:

— Vous vous ĂȘtes attachĂ©e Ă  Madame Carter, n’est-ce pas ?

Olivia le regarda.

— Je me suis attachĂ©e Ă  mon mĂ©tier. Mon mĂ©tier consiste notamment Ă  remarquer quand une femme opĂ©rĂ©e est abandonnĂ©e sur un trottoir avec un nouveau-nĂ©.

Quelques personnes baissĂšrent les yeux.

Camille parla de la maison du lac.

Sa voix trembla au début, puis se stabilisa.

— Ma mĂšre ne criait presque jamais. Elle n’en avait pas besoin. Elle crĂ©ait des papiers qui criaient Ă  votre place.

L’avocat suggĂ©ra que Camille avait peut-ĂȘtre reconstruit ses souvenirs.

Elle répondit:

— Pendant des annĂ©es, on m’a demandĂ© de douter de mes souvenirs pour que les autres puissent garder leurs meubles. Aujourd’hui, je les garde, mĂȘme s’ils tremblent.

Julian tĂ©moigna sur la demande d’évaluation de Leo. Il expliqua pourquoi elle Ă©tait contraire Ă  l’éthique, pourquoi le vocabulaire utilisĂ© semblait prĂ©parer un dossier de tutelle, et pourquoi il l’avait refusĂ©e.

Le procureur demanda:

— Saviez-vous alors qu’Audrey Carter Ă©tait votre sƓur biologique ?

— Non.

— Et Victoria Carter le savait-elle ?

Julian regarda Victoria.

— D’aprĂšs les documents retrouvĂ©s, oui.

Victoria ne bougea pas.

Mais son pouce frotta lentement l’intĂ©rieur de sa paume.

Audrey se souvint de ce geste.

Victoria le faisait quand elle perdait patience.

Paul tĂ©moigna sur les signatures, les documents de Lyon, les avertissements d’Élise. Il reconnut sa nĂ©gligence. L’avocat de Victoria tenta de l’enfoncer.

— Monsieur Lambert, n’est-il pas exact que vous avez signĂ© sans lire un document qui a facilitĂ© tout ce que vous reprochez aujourd’hui ?

Paul répondit:

— Oui.

— Donc vous ĂȘtes responsable.

— De ma nĂ©gligence, oui. Des crimes de Madame Carter, non. Et je passerai le reste de ma vie Ă  ne plus confondre les deux.

Audrey sentit quelque chose se relĂącher en elle.

Son pĂšre ne cherchait plus Ă  ĂȘtre innocent.

Il cherchait Ă  ĂȘtre utile.

Le moment le plus difficile arriva avec l’enregistrement d’Élise.

La salle entendit sa voix:

“Victoria ne veut pas seulement de l’argent. Elle veut prouver que les femmes qui lui ont tendu la main finissent à genoux.”

Victoria détourna enfin le regard.

Une seconde.

Audrey la vit.

Ce fut presque plus prĂ©cieux qu’un aveu.

Le dernier jour, Victoria demanda Ă  parler.

Contre l’avis de son avocat.

Elle se leva.

— J’ai aidĂ© des familles Ă  Ă©viter le chaos, dit-elle. Les femmes que vous entendez aujourd’hui n’auraient pas survĂ©cu Ă  leurs propres dĂ©cisions sans structure.

Audrey sentit la colĂšre de Camille monter Ă  sa droite.

Victoria continua:

— Élise Lambert m’a humiliĂ©e en prĂ©tendant me sauver. Sa fille a Ă©pousĂ© mon fils puis a voulu dĂ©truire ma maison. Camille Ă©tait incapable d’élever un enfant. Audrey aurait utilisĂ© le sien pour retourner chez son pĂšre. J’ai fait ce que les autres n’avaient pas le courage de faire.

Le juge la regarda longuement.

— Vous appelez cela courage ?

Victoria répondit:

— J’appelle cela ordre.

Le verdict tomba deux jours plus tard.

Coupable sur les charges principales.

Le volet Élise aboutit Ă  une condamnation pour complot, abus de faiblesse et administration frauduleuse ayant contribuĂ© Ă  sa mort. Pas le mot exact qu’Audrey espĂ©rait. Pas toute la justice que son chagrin rĂ©clamait.

Mais assez pour que Victoria ne sorte plus libre.

Quand on l’emmena, Victoria regarda Audrey.

— Vous croyez avoir gagnĂ© parce que vous avez gardĂ© le bĂ©bĂ©.

Audrey se leva doucement.

— Non. J’ai gagnĂ© parce qu’un jour Leo saura que personne n’a le droit d’appeler amour ce qui exige qu’une femme disparaisse.

Victoria détourna les yeux.

Ce fut son seul effondrement.

Le soir mĂȘme, Audrey rentra dans sa maison temporaire avec Leo.

Elle posa le billet de cinquante dollars sur la table.

Puis elle demanda Ă  Paul:

— On va en faire quoi ?

Il répondit:

— Ce que tu voudras.

Pour la premiĂšre fois, il ne proposa pas de solution.

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Audrey sourit faiblement.

— Alors je crois que je sais.

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