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Chapitre 13 - La maison vendue

Chapitre 13 - La maison vendue

La vente de la maison fut signée trois jours plus tard.

Ryan demanda Ă  Eleanor d’attendre. Pas pour lui, dit-il, pour Lily. Il pensait qu’un enfant avait besoin de continuitĂ©, de murs connus, d’un jardin oĂč ses pas savaient dĂ©jĂ  oĂč aller. Eleanor l’écouta dans la cuisine de Mrs. Albright, pendant que le cafĂ© refroidissait entre eux.

— Les murs ne sont pas toujours une continuitĂ©, dit-elle. Parfois, ce sont les mensonges qui ont appris Ă  tenir debout.

— Elle a grandi là-bas.

— Justement.

Il n’insista pas. Il avait appris en une semaine que discuter avec sa mùre ne signifiait plus la convaincre de se sacrifier.

L’acheteur n’était pas une famille riche, ni un promoteur. C’était une fondation locale, La Maison d’Annie, qui cherchait depuis longtemps un lieu d’accueil pour mĂšres isolĂ©es et enfants en transition. Thomas avait fait des dons Ă  cette association en secret. Eleanor l’avait dĂ©couvert dans le coffre numĂ©ro 17.

— Tu vends notre maison à un refuge ? demanda Ryan.

— Je vends ma maison Ă  un endroit oĂč les femmes ne dormiront pas sur un porche.

La phrase resta.

Ryan hocha la tĂȘte.

— Papa aurait aimĂ© ça.

— Ton pĂšre aurait dĂ» le faire de son vivant.

Eleanor signa avec une main ferme.

Le notaire, une femme d’une cinquantaine d’annĂ©es aux lunettes rouges, lui sourit doucement.

— Vous ĂȘtes certaine ?

Eleanor regarda par la fenĂȘtre. De l’autre cĂŽtĂ© de la rue, les arbres remuaient dans une lumiĂšre dorĂ©e. Elle avait vĂ©cu peu de jours heureux dans cette maison. Les rares souvenirs doux appartenaient surtout Ă  ce qu’elle avait espĂ©rĂ© y voir : des repas de famille, Lily courant vers elle, Ryan posant une main sur son Ă©paule sans honte. Mais on ne peut pas habiter Ă©ternellement dans l’espoir d’une maison.

— Oui, dit-elle. Je suis certaine.

Avec une partie de l’argent, elle loua une petite maison prĂšs d’un parc, Ă  dix minutes de l’école de Lily. Rien de luxueux. Une vĂ©randa, deux chambres, une cuisine oĂč la lumiĂšre du matin entrait franchement. Le premier jour, elle acheta des torchons bleus, une bouilloire, et un pot de basilic qu’elle posa sur le rebord de la fenĂȘtre.

Lily vint la voir le dimanche, accompagnée de Ryan.

Elle entra avec prudence.

— C’est petit.

Eleanor sourit.

— Oui.

— Mais ça sent bon.

— J’ai fait une tarte aux pommes.

— Avec de la cannelle ?

— Bien sĂ»r.

Lily traversa le salon, observa les coussins, la table ronde, les livres empilés. Puis elle aperçut Augustin assis sur une chaise, un ruban jaune autour du cou.

— Il habite ici ?

— S’il veut.

Lily le prit.

— Moi aussi je peux habiter ici parfois ?

Ryan détourna le regard.

Eleanor sentit la tentation de rĂ©pondre trop vite, trop fort, par faim d’amour. Elle se retint. Les enfants blessĂ©s ne doivent pas servir Ă  rĂ©parer les adultes.

— Tu pourras venir autant que le juge le permettra et autant que ton cƓur le voudra.

Lily sembla réfléchir.

— Mon cƓur ne sait pas encore.

— Alors on lui laissera le temps.

Ryan observa sa mĂšre. Il apprenait. Lentement. Mais il apprenait.

Pendant ce temps, la bataille contre Sterling Horizon s’ouvrait. Le trust de Lily, selon leurs avocats, reposait sur une filiation insuffisamment Ă©tablie. Caleb Ross Sterling n’aurait jamais reconnu l’enfant officiellement. Le journal, la lettre, la mĂ©daille, tout cela ne suffisait pas.

Il fallait une preuve plus forte.

Nora accepta un test ADN, mais cela prouvait seulement qu’elle Ă©tait la mĂšre. Il fallait Ă©tablir le lien avec Caleb. Or Caleb Ă©tait mort, incinĂ©rĂ©, et sa famille refusait toute coopĂ©ration.

— Ils veulent gagner par Ă©puisement, expliqua MaĂźtre Bellanger. C’est une stratĂ©gie classique.

Eleanor pensa aux femmes de son Ăąge dans les administrations, aux veuves face aux assurances, aux mĂšres devant les Ă©coles, Ă  toutes celles qu’on fatigue jusqu’à ce qu’elles abandonnent.

— Alors nous serons plus lentes qu’eux, dit-elle. Les gens pressĂ©s supportent mal les vieilles femmes patientes.

Nora vint à la petite maison un mardi pluvieux. Elle n’y rencontra pas Lily. Pas encore. Elle apporta un sac contenant quelques objets de Caleb : un carnet, une chemise, une vieille montre.

— Il y a peut-ĂȘtre de l’ADN lĂ -dessus, dit-elle.

MaĂźtre Bellanger fit envoyer les objets au laboratoire.

Le soir, Eleanor trouva Nora sur la véranda, regardant la pluie tomber.

— J’ai peur qu’elle me dĂ©teste, dit la jeune femme.

— Elle aura peut-ĂȘtre besoin de te dĂ©tester un peu pour comprendre qu’elle a le droit de t’aimer.

Nora pleura.

Eleanor ne lui dit pas d’arrĂȘter. Elle posa simplement une tasse de thĂ© prĂšs d’elle.

À la tombĂ©e de la nuit, Ryan arriva avec une nouvelle enveloppe.

— C’était dans le bureau de Madison. CachĂ© derriĂšre un cadre.

À l’intĂ©rieur se trouvait une photo de Caleb, Madison et Patricia devant la maison du lac. Au dos, une phrase : « Si Thomas parle, utiliser Eleanor. »

Eleanor resta longtemps silencieuse.

Puis elle remarqua, dans un coin de la photo, une main d’enfant posĂ©e sur la rambarde.

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Lily n’était pas encore nĂ©e Ă  l’époque.

Mais quelqu’un d’autre avait vu la scùne.

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