Globalnewsdesk

Chapitre 17 - L’argent derriùre les rideaux

Chapter 17 - Chapitre 17 - L’argent derriùre les rideaux

Livia demanda à la voir dans un salon de thé prÚs du square Montholon.

Madeline faillit refuser. Son corps rĂ©clamait du repos, sa jambe pulsait sous l’attelle, et chaque rendez-vous semblait ouvrir une cave supplĂ©mentaire sous une maison dĂ©jĂ  trop vaste. Mais il y avait dans le message de Livia une fatigue qu’elle reconnut.

La fatigue des femmes qui ont porté un secret trop longtemps pour savoir comment le poser.

Le salon de thĂ© sentait la bergamote et les vieux fauteuils. Des dames aux cheveux blancs partageaient un millefeuille en parlant de leurs petits-enfants. Un homme lisait Le Monde prĂšs de la fenĂȘtre. Rien, dans ce dĂ©cor de sucre et de porcelaine, ne semblait pouvoir contenir les mots « argent cachĂ© ».

Livia arriva sans foulard, les cheveux attachés, le visage lavé de tout effort de séduction.

Elle posa une enveloppe sur la table.

— Je ne fais pas ça pour qu’on m’aime bien.

Madeline remua son thé.

— Ça tombe bien. Je ne sais plus trùs bien quoi faire des gens qui veulent qu’on les aime bien.

Livia eut un sourire fragile.

— Julian a transfĂ©rĂ© de l’argent pendant deux ans. Pas seulement Ă  moi. À des sociĂ©tĂ©s créées par Eleanor. Je pensais que c’était pour cacher une sĂ©paration, puis pour prĂ©parer son divorce. En rĂ©alitĂ©, ils vidaient certaines lignes de crĂ©dit avant que vous puissiez exercer vos droits.

— Pourquoi me le dire maintenant ?

— Parce qu’hier, Julian m’a appelĂ©e. Il m’a dit qu’il allait tout prendre sur lui pour protĂ©ger sa mĂšre.

Madeline regarda par la fenĂȘtre. Une femme traversait avec un sac de marchĂ©, un poireau dĂ©passant comme un drapeau modeste.

— C’est son choix.

— Non, dit Livia. C’est encore elle qui choisit en lui.

Cette phrase toucha un point que Madeline aurait préféré ignorer.

Julian Ă©tait coupable. Il avait menti, laissĂ© l’accident se produire, tentĂ© de la faire sortir de l’hĂŽpital, mĂ©prisĂ© son mĂ©tier, utilisĂ© sa confiance. Mais Eleanor avait plantĂ© en lui, trĂšs jeune, cette idĂ©e qu’un amour se mĂ©rite par l’obĂ©issance.

Comprendre cela ne sauvait pas le mariage.

Mais cela changeait la maniĂšre de regarder les ruines.

Livia ouvrit l’enveloppe. Il y avait des relevĂ©s, des captures d’écran, des noms de sociĂ©tĂ©s : Rideaux Bleus, Saint-HonorĂ© Conseil, Lys Patrimoine. Des montants importants, dĂ©placĂ©s par petites vagues.

— Pourquoi « derriĂšre les rideaux » ? demanda Madeline.

Livia pĂąlit.

— Parce qu’Eleanor disait toujours que les vraies fortunes ne se voient pas dans la piùce. Elles tiennent les rideaux.

Harper, jointe par tĂ©lĂ©phone, demanda Ă  recevoir les documents immĂ©diatement. Elle parla peu, mais son silence vibrait d’une satisfaction professionnelle.

— Avec ça, dit-elle enfin, on peut bloquer leurs actifs personnels et demander une expertise judiciaire complùte.

— Et Julian ? demanda Madeline.

— Il tombera sur ce qu’il a signĂ©. Pas sur ce qu’elle a pensĂ©.

C’était juste.

Ce n’était pas doux.

Madeline raccrocha.

Livia resta les mains autour de sa tasse.

— Je suis dĂ©solĂ©e.

Cette fois, Madeline ne détourna pas le regard.

— Pour quoi exactement ?

La question n’était pas cruelle. Elle Ă©tait nĂ©cessaire.

Livia rĂ©flĂ©chit. Les excuses vagues sont des draps propres jetĂ©s sur des meubles cassĂ©s. Madeline voulait voir ce qu’il y avait dessous.

— Pour avoir acceptĂ© de croire une version oĂč vous Ă©tiez moins rĂ©elle que moi. Pour avoir pris votre silence pour du consentement. Pour avoir profitĂ© d’un homme qui vous mentait au lieu de me demander pourquoi il devait mentir.

Madeline hocha lentement la tĂȘte.

— Voilà. Ça, je peux l’entendre.

Elle ne dit pas « je te pardonne ». Certaines phrases ont besoin de temps pour ne pas devenir fausses.

En sortant du salon, elle reçut un appel de Nolan.

— ZoĂ© veut vous montrer quelque chose.

La jeune fille les attendait Ă  la boulangerie, assise prĂšs de la fenĂȘtre, un carnet ouvert devant elle. Elle avait dessinĂ© Eleanor Ă  la clinique, mais pas comme une caricature. Une vieille femme droite dans un bĂątiment en ruine, tenant un papier comme on tient un enfant mort.

— Vous avez du talent, dit Madeline.

Zoé haussa les épaules.

— Les gens mentent moins quand on les dessine sans sourire.

Puis elle tourna une page.

— J’ai dessinĂ© aussi ce que j’ai vu devant l’école. La voiture qui me suivait.

Le dessin montrait une berline noire, plaque partielle, silhouette au volant.

Gérald, présent par hasard ou par intuition, se pencha.

Son visage changea.

— Ce n’est pas un homme d’Eleanor.

— Qui alors ? demanda Madeline.

— Antoine Carrel.

— Le pùre biologique de Julian ?

GĂ©rald hocha la tĂȘte.

— Il est censĂ© ĂȘtre mort depuis quinze ans.

Sur la page suivante du carnet de ZoĂ©, l’homme Ă©tait dessinĂ© de face.

May you like

Et au bas du portrait, la jeune fille avait Ă©crit une phrase qu’il lui avait dite en passant devant le cafĂ© :

« Dis Ă  Madeline que Julian n’est pas le pire des Vance. »

Related Stories

Other posts