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Chapitre 04 - Celui qui coupait les caméras

Chapitre 04 - Celui qui coupait les caméras

Adrien fit un signe à Camille de ne pas bouger.

Elle détesta ce geste aussitôt.

Pas parce qu’il voulait la protéger. Parce qu’elle avait passé trois mois à rester immobile pendant que les autres décidaient ce qui était dangereux pour elle.

—Non, dit-elle.

Il se retourna.

—Camille—

—Pas cette fois.

Dans le berceau, Léon dormait à peine, une main ouverte contre sa joue. La couverture à étoiles bleues montait et descendait au rythme de son petit souffle. Camille prit le babyphone, l’alluma en mode son et le glissa dans la poche de son sweat. Elle n’avait pas l’intention de devenir une héroïne. Elle voulait seulement ne plus être laissée derrière dans l’histoire de sa propre maison.

Solange observait la scène depuis la porte, blême.

—Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez.

Adrien la regarda.

—Alors dis-le.

Elle resta silencieuse.

Ils descendirent.

Le couloir du premier étage baignait dans la lumière pâle de l’après-midi. La pluie fouettait les vitres. En bas, quelque chose heurta légèrement la table du salon.

Adrien prit une batte de base-ball oubliée derrière le porte-manteau. Un cadeau ridicule de son cousin, jamais utilisé. Camille, elle, attrapa son téléphone. Elle lança l’enregistrement vidéo avant même d’atteindre la dernière marche.

Au salon, un homme en veste noire se tenait près du routeur internet.

Il avait cinquante ans peut-être, des lunettes sans monture et une mallette ouverte sur le canapé. Son calme donnait envie de reculer.

Camille le reconnut.

—Docteur Vasseur.

Adrien se figea.

Le médecin leva les mains, sans vraie peur.

—Adrien. Je ne voulais pas vous effrayer.

—Vous entrez chez moi en coupant mes caméras.

—Votre mère m’a appelé. Elle était en détresse.

Solange arriva derrière eux.

—Je lui ai demandé de venir parce que Camille perd le contrôle.

Camille eut un rire bref.

—Bien sûr.

Le docteur Vasseur posa les yeux sur elle. Pas sur son visage. Sur son sweat froissé, ses cheveux, ses mains tremblantes. Elle sentit presque la phrase se former dans sa tête : jeune mère instable, apparence négligée, discours paranoïde.

Elle connaissait maintenant le décor.

Il ne manquait que la signature.

—Monsieur Vasseur, dit Adrien, vous avez falsifié mon dossier.

Le médecin soupira.

—Les souvenirs reviennent mal quand on les force.

—Vous avez fait interner Juliette Hartman ?

—Non. J’ai conseillé une prise en charge.

—À la demande de ma mère.

—À la demande d’une famille inquiète.

Camille sentit sa colère devenir froide.

—C’est drôle comme les femmes deviennent toujours “inquiétantes” quand elles dérangent une famille riche.

Vasseur la regarda enfin dans les yeux.

—Madame Marceau, vous venez d’accoucher. Votre perception des événements peut être altérée par—

—Terminez cette phrase, dit Adrien, et je vous casse vos lunettes avant d’appeler l’Ordre des médecins.

Le silence tomba.

Solange parut horrifiée, non par la menace, mais par le fait que son fils l’ait prononcée pour défendre Camille.

La mallette du docteur était ouverte. À l’intérieur, des formulaires, un enregistreur, des flacons sans étiquette et une chemise cartonnée portant le nom de Camille.

Adrien l’aperçut.

—Qu’est-ce que c’est ?

Vasseur referma la mallette.

Trop lentement.

Camille bondit et posa sa main dessus avant lui. Il tenta de la retenir. Adrien s’interposa. La mallette bascula. Les papiers se répandirent sur le tapis du salon.

Le premier document était un avis d’évaluation psychiatrique à domicile.

Le second, une demande de restriction temporaire de garde.

Le troisième, plus grave encore, portait déjà la signature de Solange.

Camille sentit son estomac se retourner.

—Vous vouliez me faire retirer Léon.

Solange leva le menton.

—Je voulais sauver mon petit-fils.

—De sa mère ?

—De toi.

Adrien ramassa le document. Ses mains tremblaient moins maintenant. C’était inquiétant. Sa colère, au lieu de sortir, s’organisait.

—Tu as signé ça quand ?

Solange ne répondit pas.

Vasseur reprit son ton professionnel.

—Adrien, vous n’imaginez pas la fréquence des crises postnatales non diagnostiquées. Votre épouse présente des signes—

Camille sortit la clé USB de la poche de son sweat.

—Des signes que vous avez fabriqués ensemble ?

Le médecin pâlit légèrement.

Elle le vit.

Il avait peur de cette clé.

Pas des vidéos de Solange. De quelque chose d’autre.

Adrien aussi le comprit.

—Qu’est-ce que vous savez sur Madeleine ?

Vasseur cligna des yeux.

—Qui ?

—Mauvaise réponse, dit Camille.

Le nom de Madeleine avait touché quelque chose. Une ride au coin de son œil, un battement trop rapide.

Adrien appela la police.

Pas sa mère.

Pas un avocat.

La police.

Solange l’attrapa par le bras.

—Adrien, si tu fais ça, tu vas tout rendre public.

—C’est le but.

Elle le gifla.

Le bruit claqua dans le salon.

Camille eut un mouvement de recul instinctif. Adrien ne bougea pas. Sur sa joue, une marque rouge apparut lentement.

Solange sembla comprendre trop tard ce qu’elle venait de montrer.

Vasseur ramassa sa mallette.

—Je ne resterai pas sans conseil juridique.

Il tenta de se diriger vers l’entrée.

Mais la porte s’ouvrit avant qu’il ne l’atteigne.

Une femme se tenait sur le seuil, trempée par la pluie, un sac de toile à la main. Elle avait les cheveux gris, un imperméable beige et des yeux qui ne cherchaient pas la permission d’entrer.

—Pas besoin de me présenter, dit-elle.

Adrien fixa cette inconnue.

Solange recula comme si elle voyait un fantôme.

Camille sut avant même que la femme ne parle.

—Je m’appelle Juliette Hartman.

La pièce sembla perdre son air.

Juliette entra, posa son sac sur le parquet, puis regarda Solange avec une douceur si usée qu’elle faisait plus peur que la haine.

—Vous avez toujours eu peur des femmes qui survivent, Solange.

Le docteur Vasseur lâcha presque sa mallette.

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Et Camille comprit que Juliette n’était pas venue chercher des excuses.

Elle était venue avec des preuves.

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