Chapitre 12 - La rose sur la tombe

Chapter 12 - Chapitre 12 - La rose sur la tombe
Julian nâaurait pas dĂ» savoir oĂč elle se trouvait.
La maison prĂȘtĂ©e par Olivia nâĂ©tait pas secrĂšte au sens lĂ©gal, mais lâadresse nâavait Ă©tĂ© donnĂ©e quâĂ la police, Ă lâavocate et Ă Meryl pour apporter des affaires Ă Lucas. En voyant le reflet de son mari dans la vitre, Ălise sentit dâabord une vieille peur revenir, automatique, honteuse.
Puis elle se souvint quâil nâavait plus les clĂ©s.
Ni de la maison.
Ni dâelle.
â Comment es-tu entrĂ© ? demanda-t-elle.
Julian leva les mains.
Il avait lâair plus vieux. Deux jours avaient suffi Ă enlever de son visage cette assurance de mari habituĂ© Ă ĂȘtre pardonnĂ© parce que la vie continue.
â Olivia mâa laissĂ© entrer.
Ălise se tourna vers son avocate, qui apparaissait derriĂšre lui dans le couloir.
Olivia hocha la tĂȘte.
â Il affirme avoir reçu le mĂȘme message que vous.
Julian tendit son téléphone.
La mĂȘme photo: la tombe de Marianne, la rose blanche, la phrase.
âDiane nâĂ©tait pas seule Ă lâhĂŽpital.â
Ălise observa son visage.
â Tu veux me faire croire que tu es surpris.
â Je le suis.
â Tu es souvent surpris par les crimes qui tâarrangent.
Il encaissa.
â Je mĂ©rite ça.
â Tu mĂ©rites pire. Mais je suis fatiguĂ©e.
Lucas dormait dans la chambre voisine. Cela empĂȘchait la colĂšre de devenir bruyante. Peut-ĂȘtre Ă©tait-ce mieux. Les vĂ©ritĂ©s importantes ne gagnent pas toujours Ă ĂȘtre criĂ©es.
Julian sâassit seulement quand Ălise lây autorisa.
â Jâai parlĂ© Ă Meryl, dit-il. Elle a fouillĂ© les affaires de maman. Elle a trouvĂ© un vieux tĂ©lĂ©phone.
Olivia posa un sac transparent sur la table.
â Il contient des messages effacĂ©s partiellement rĂ©cupĂ©rĂ©s.
Ălise sentit son ventre se nouer.
â Avec qui ?
Julian regarda le sol.
â Avec mon pĂšre.
Arthur.
Le vieil homme silencieux.
Celui qui disait ne pas poser de questions.
Les messages montraient une autre version: Arthur savait que Diane Ă©tait allĂ©e Ă lâhĂŽpital. Il avait conduit la voiture. Il avait attendu sur le parking pendant quâelle entrait. Il avait reçu un message Ă 22 h 14:
âElle refuse. Il faut trouver autre chose.â
Arthur avait répondu:
âPas ce soir. Elle est trop faible.â
Diane:
âJustement.â
Ălise resta immobile.
â âJustementâ ?
Olivia continua:
â On ne peut pas conclure Ă un acte mĂ©dical direct. Mais cela justifie une nouvelle enquĂȘte sur les visites non autorisĂ©es.
Julian parla dâune voix basse.
â Papa prĂ©tend quâil a cru quâelle voulait seulement rĂ©cupĂ©rer des documents.
Ălise rit, un son court.
â Votre famille croit beaucoup de choses utiles.
â Je sais.
â Non. Tu ne sais pas. Tu dĂ©couvres la honte comme une piĂšce dans laquelle tu peux encore sortir. Moi, jâai vĂ©cu dans les consĂ©quences.
Julian ferma les yeux.
Il semblait chercher quelque chose à dire qui ne soit pas une défense.
Il finit par choisir le silence.
Ce fut peut-ĂȘtre sa premiĂšre rĂ©ponse honnĂȘte.
Le lendemain, Arthur demanda Ă tĂ©moigner officiellement. Diane refusa toujours de parler. Vanessa coopĂ©ra davantage. Meryl se prĂ©senta avec un disque dur que Diane gardait dans une boĂźte de recettes. âElle pensait que personne ne chercherait un disque dur dans une recette de tarte aux pĂȘchesâ, dit Meryl.
Ălise faillit sourire.
Le disque contenait des copies de contrats Ridgeview, des échanges avec Roland Sutter, et une série de fichiers audio.
Sur lâun dâeux, Diane parlait avec Arthur dans leur voiture, trois ans plus tĂŽt, devant lâhĂŽpital de Marianne.
âElle a mis quelque chose dans la doublure du peignoir.â
Arthur répondait:
âAlors laisse tomber.â
âTu ne comprends pas. Si Ălise trouve la lettre, elle ne signera jamais rien.â
âDiane, Marianne est mourante.â
âLes mourants sont parfois plus dangereux que les vivants.â
Ălise arrĂȘta lâaudio.
Elle nâavait pas besoin dâentendre davantage pour savoir que sa mĂšre avait Ă©tĂ© seule contre eux bien avant que sa fille comprenne la guerre.
Mais Olivia insista pour tout écouter.
Le dernier fichier était récent.
Diane parlait Ă Julian.
âVanessa doit porter le peignoir. Ălise verra rouge. Elle partira avec lâenfant, tu appelleras lâavocat, et Arthur dira quâelle est devenue incontrĂŽlable.â
Julian répondait:
âEt si elle ne part pas ?â
Diane:
âAlors tu lâaides Ă comprendre quâelle nâa plus de place ici.â
Ălise regarda Julian.
â Tu savais.
Il pleura.
Pas beaucoup.
Assez pour prouver quâil Ă©tait encore humain, pas assez pour changer quoi que ce soit.
â Je savais quâelle voulait te pousser dehors. Je ne savais pas pour les mĂ©dicaments. Pas pour Marianne. Pas pour Lucas.
â Tu savais assez pour tenir la porte ouverte.
Cette phrase resta entre eux.
Julian ne tenta pas de lâenlever.
Les preuves changĂšrent la nature de lâaffaire. Diane fut inculpĂ©e pour conspiration, tentative de fraude, mise en danger, administration suspecte de substance, surveillance illĂ©gale, falsification de documents et pression sur tĂ©moin vulnĂ©rable. Arthur obtint le statut de tĂ©moin coopĂ©rant, non sans charges potentielles. Julian fut lui aussi placĂ© sous enquĂȘte formelle pour sa participation au plan dâexpulsion et Ă la tentative de garde abusive.
Ălise ne cĂ©lĂ©bra rien.
Elle passa lâaprĂšs-midi Ă faire un puzzle avec Lucas.
Quand il posa une piĂšce bleue au mauvais endroit, il dit:
â Câest pas grave, maman. On peut changer.
Elle le regarda longtemps.
â Oui, mon cĆur. On peut changer. Mais il faut voir quand ça ne va pas.
Il hocha la tĂȘte sans comprendre toute la phrase.
Le soir, Olivia reçut un appel du procureur.
â Roland Sutter veut nĂ©gocier.
Ălise leva les yeux.
â Le prĂȘteur ?
â Oui. Il dit que Diane nâĂ©tait quâune cliente. Que le vrai cerveau de Ridgeview est quelquâun de plus proche de vous.
Ălise sentit sa gorge se serrer.
â Julian ?
Le vieux tĂ©lĂ©phone de Diane avait Ă©tĂ© retrouvĂ© dans une boĂźte de biscuits en mĂ©tal, sous des photos de vacances et trois bracelets cassĂ©s. Meryl lâavait ouvert avec un chargeur universel, sans trop y croire. Quand lâĂ©cran sâĂ©tait allumĂ©, elle avait dâabord failli le reposer. Il y avait des choses quâune fille ne veut pas savoir de sa mĂšre.
Puis elle avait vu le nom dâArthur, la date de la mort de Marianne, les messages. Elle avait appelĂ© Olivia avant mĂȘme dâappeler son frĂšre. Ce choix-lĂ , Ălise lâapprit plus tard, avait coĂ»tĂ© Ă Meryl la derniĂšre illusion dâappartenir encore Ă une famille ordinaire.
Dans le salon silencieux, Ălise mesura que les trahisons ne se rangeaient pas toutes du mĂȘme cĂŽtĂ©. Certaines personnes avaient participĂ©. Dâautres avaient regardĂ©. Dâautres encore commençaient seulement Ă rĂ©parer, maladroitement, en apportant ce quâelles auraient dĂ» apporter plus tĂŽt.
Olivia secoua lentement la tĂȘte.
â Non. Il affirme que Ridgeview a Ă©tĂ© créé avec de lâargent provenant de la succession de votre mĂšre.
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Ălise regarda le peignoir Ă©meraude.
Cette fois, mĂȘme Marianne semblait avoir gardĂ© un secret trop lourd.