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Chapitre 13 - Le hall, une seconde fois

Chapter 13 - Chapitre 13 - Le hall, une seconde fois

Elles retournĂšrent dans le hall un mois plus tard.

Ellie et Savannah.

Pas de camĂ©ra. Pas de communiquĂ©. Pas de Graham au premier plan. Pas de Celeste en robe noire. Seulement deux femmes traversant le marbre brillant d’un bĂątiment qui avait essayĂ© de leur assigner des rĂŽles sans leur demander de texte.

Ellie portait un tailleur bleu nuit, pas son uniforme.

Savannah portait une robe simple et des chaussures confortables. Elle avait insistĂ© pour choisir elle-mĂȘme ses vĂȘtements. Cela semblait anodin. Ça ne l’était pas.

Autour du cou d’Ellie, le pendentif en argent reposait, restaurĂ© mais pas rendu neuf. On voyait encore la cicatrice des anciennes initiales. Elle l’avait voulu ainsi. Les objets trop rĂ©parĂ©s mentent parfois.

Le jeune agent de sécurité se leva aussitÎt.

Il Ă©tait le mĂȘme que le premier jour.

— Madame Whitlock.

Cette fois, son regard alla vers Ellie, puis vers Savannah, sans confusion. Il avait reçu de nouvelles consignes. Mais il avait aussi l’air d’un jeune homme qui avait beaucoup repensĂ© Ă  une phrase mal dite.

— Madame, ajouta-t-il pour Savannah, plus prudemment.

Savannah lui sourit Ă  peine.

— C’est dĂ©jĂ  mieux que morte.

Il devint rouge.

Ellie ne put s’empĂȘcher de sourire.

Nora les attendait prĂšs de l’ascenseur. Elle dirigeait dĂ©sormais l’équipe de transition Ă©thique, titre pompeux qu’elle dĂ©testait mais utilisait comme un marteau. Vivian Vale avait Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©e publiquement. Une plaque Ă  son nom serait installĂ©e aux archives.

— PrĂȘtes ? demanda Nora.

Savannah regarda les portes de l’ascenseur.

— Non.

Ellie répondit:

— Ça suffit.

Elles montĂšrent.

Au vingt-sixiĂšme Ă©tage, la salle du conseil avait changĂ©. Pas par dĂ©coration. Par prĂ©sence. Trois siĂšges autrefois occupĂ©s par des hommes proches de Hayworth Ă©taient vides. Charles n’était plus prĂ©sident. Il restait conseiller honoraire, privĂ© de vote jusqu’à la fin des enquĂȘtes. Graham avait dĂ©missionnĂ© de son poste opĂ©rationnel en attendant son jugement civil.

Ellie siégeait comme administratrice temporaire de la fiducie Adelaide.

Savannah avait un siĂšge d’observatrice lĂ©gale dans toutes les dĂ©cisions liĂ©es Ă  son trust.

Laurel, trop fragile, suivait Ă  distance.

La rĂ©union portait sur la vente de plusieurs actifs destinĂ©s Ă  financer la fondation. Un administrateur au visage lisse tenta de parler de “rĂ©putation Ă  prĂ©server”.

Savannah se pencha vers le micro.

— La rĂ©putation est ce qui vous a permis de me garder dans une rĂ©sidence fermĂ©e. Trouvez un autre argument.

Personne ne toussa.

Personne ne rit.

L’argument fut retirĂ©.

Ellie la regarda, fiĂšre sans le dire.

AprÚs la réunion, Savannah demanda à voir le bureau de Graham.

Il Ă©tait presque vide. Des cartons, des cadres retirĂ©s, une odeur de cuir et de poussiĂšre. Sur le mur, une trace plus claire marquait l’emplacement d’un portrait familial.

— C’est bizarre, dit Savannah.

— Quoi ?

— D’ĂȘtre dans une piĂšce oĂč il a dĂ©cidĂ© de m’oublier, et de ne pas disparaĂźtre.

Ellie ne répondit pas trop vite.

— Peut-ĂȘtre que c’est comme ça qu’on reprend un lieu. En y restant assez longtemps pour que lui soit obligĂ© de partir.

Savannah passa les doigts sur le bord du bureau.

— Et vous ? Vous reprenez quoi ?

La question la toucha.

Pendant des annĂ©es, Ellie avait cru savoir qui elle Ă©tait: soldate, Ă©pouse, fille de sa mĂšre, femme disciplinĂ©e, partenaire loyale. Puis Graham avait mis une autre femme sous son nom, Celeste avait portĂ© son pendentif, Charles avait avouĂ© l’avoir choisie comme piĂšce utile, Adelaide lui avait donnĂ© un pouvoir posthume qu’elle n’avait pas demandĂ©.

Que reprenait-elle ?

— Mon nom, dit-elle enfin. Sans le donner à quelqu’un qui ne sait pas le porter.

Savannah hocha la tĂȘte.

— Ça me paraüt bien.

Graham arriva dans l’aprùs-midi.

Il avait demandé une audience formelle à Ellie et Savannah. Elles avaient accepté ensemble. Dans une petite salle, avec Nora présente.

Il entra sans veste, la barbe mal rasĂ©e, l’air d’un homme qui avait dĂ©couvert trop tard que la chute ne donne pas automatiquement de la profondeur.

Il regarda Savannah.

— Je ne vais pas te demander de m’appeler pùre.

— Sage dĂ©cision.

Il accepta.

— J’ai signĂ© les documents pour reconnaĂźtre officiellement ta filiation. Sans condition. Sans droits en Ă©change. Laurel a reçu les siens aussi. Les actifs que j’ai utilisĂ©s en ton nom seront restituĂ©s sous contrĂŽle indĂ©pendant.

Savannah le fixa.

— Vous dites ça comme une annonce d’entreprise.

Graham baissa les yeux.

— Je ne sais pas encore parler autrement quand j’ai honte.

Ellie vit qu’il essayait.

Elle vit aussi que l’essai ne rĂ©parait pas.

Les deux vérités pouvaient cohabiter.

Il se tourna vers Ellie.

— Le divorce sera signĂ© demain.

— Oui.

— Je ne contesterai rien.

— Tu n’as rien à contester.

— Non.

Il sortit une petite boĂźte.

Ellie se raidit.

— Pas de geste symbolique, Graham.

— Ce n’est pas pour toi.

Il posa la boĂźte devant Savannah.

Elle ne l’ouvrit pas.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une photo. La seule que j’avais gardĂ©e de toi enfant. Je l’avais cachĂ©e mĂȘme Ă  moi-mĂȘme. Je ne demande pas que tu la veuilles. Je voulais seulement qu’elle ne reste plus dans mon tiroir.

Savannah attendit qu’il parte pour ouvrir.

La photo la montrait à trois ans, assise sur les épaules de Graham, riant aux éclats.

Elle fixa l’image longuement.

— Je ne me souviens pas de ça.

Ellie s’assit prùs d’elle.

— Vous n’ĂȘtes pas obligĂ©e de savoir quoi en faire aujourd’hui.

Savannah referma la boĂźte.

— Je vais la montrer à ma mùre. Elle choisira si on la garde.

C’était juste.

Le soir, Ellie rentra dans la maison qu’elle avait partagĂ©e avec Graham.

Pas pour y rester.

Pour prendre ses affaires.

L’endroit sentait encore le bois cirĂ© et le thĂ© au jasmin que Celeste avait laissĂ© dans une boĂźte de la cuisine. Ellie parcourut les piĂšces sans se presser. Le salon oĂč elle avait attendu des appels. La chambre oĂč son pendentif avait disparu. Le bureau oĂč ses courriers militaires s’empilaient parfois sans ĂȘtre ouverts par Graham parce qu’il “n’aimait pas les mauvaises nouvelles”.

Dans le coffre de la chambre, elle trouva une enveloppe Ă  son nom.

Écriture de Graham.

Elle hĂ©sita, puis l’ouvrit.

À l’intĂ©rieur, une seule page:

“Je n’ai pas su aimer une femme qui n’avait pas besoin de moi pour ĂȘtre entiĂšre. Alors j’ai cherchĂ© des femmes que je pouvais installer, dĂ©placer ou plaindre. C’est la seule phrase honnĂȘte que j’aie Ă©crite sans avocat.”

Ellie lut deux fois.

Puis elle plia la lettre et la mit dans son sac.

Pas contre son cƓur.

Avec les papiers de divorce.

À la sortie, elle ferma la porte.

Elle ne se retourna pas.

Devant la maison, Nora l’attendait dans une voiture.

— OĂč allez-vous ?

Ellie regarda le ciel de Nashville, rose derriĂšre les immeubles.

— Pour commencer ? Düner.

Nora sourit.

— Avec qui ?

Ellie toucha le pendentif.

— Avec des femmes qui reviennent de loin.

Dans le restaurant, Savannah, Laurel et Nora l’attendaient. Charles avait envoyĂ© des fleurs. Ellie les fit dĂ©placer sur une table voisine.

Pas ce soir.

Ce soir-lĂ , elles parlĂšrent peu du passĂ©. Savannah dĂ©couvrit qu’elle aimait les pĂątes au citron. Laurel raconta qu’elle avait rĂȘvĂ© de devenir dessinatrice botanique. Nora avoua qu’elle dĂ©testait les rĂ©unions mais adorait les agrafeuses.

Ellie rit.

Un vrai rire.

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Et lorsqu’elle rentra seule Ă  l’hĂŽtel, elle comprit que la libertĂ© n’était pas un grand drapeau plantĂ© sur une ruine.

C’était parfois une table de restaurant oĂč personne ne portait le nom d’une autre.

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